Le début de la fin des Digg-Likes... et de Wikipédia ?
Une tribune très intéressante d'Alain Garnier sur le Journal du Net intitulée « Est-ce le début de la fin des Digg-Likes ? » livre une réflexion sur certaines pratiques du web s'appliquant aux blogs et qui peut parfaitement s'adresser à Wikipédia...
Cet article va donc me permettre, en plus, de répondre sur le fond à l'argumentation pro Wikipédia que Ceedjee a développée dans ses commentaires sur l'un de mes billets.
Je commente d'abord cet article et j'en viendrai ensuite à Ceedjee.
Alain Garnier fait part d'abord part de sa surprise lorsqu'il a vu à la place de la page d'accueil du site Blogasty.com le message suivant « du fondateur de Blogasty, Christophe Lefevre : "Blogasty fait la GREVE contre l'abus de l'exploitation des Digg-Likes dans le but de recevoir plus de trafic sur son blog [...]" ».
Après avoir exprimé son étonnement sur cette grève dans le monde du web, il examine « le fond du problème », car « on ne peut que s'interroger sur la pertinence des résultats produits par les Digg-Likes ».
Il rappelle d'abord ce qu'est un Digg-Likes : « un site ou les internautes proposent des articles, site ou pages en les agrémentant - selon les sites - de tags, de catégories et de courtes descriptions. Ensuite, les visiteurs du site votent pour donner une appréciation aux articles proposés : soit de manière univoque en donnant un point aux articles, soit en qualifiant en "plus" ou "moins". » Cela peut sembler tout à fait neutre et parfaitement équilibré : « c'est l'idéal démocratique qui est mis au service de la collectivité pour donner le meilleur du Web à un instant T. »
Mais « là aussi, on retrouve l'angélisme habituel du Web de ses débuts. » Je ne suis pas sûr que ça ait beaucoup changé... Il y a toujours un certain angélisme autour du web...
Alain Garnier continue : « Car pour autant, il est clair qu'une communauté positive sans intérêts personnels peut jouer le rôle de régulateur - et encore faut il définir la valeur de jugement d'un groupe non qualifié sur une information qui l'est - autant, quand certains internautes ont des intérêts dans l'affaire alors le processus devient totalement faussé. » Oui, et c'est là qu'on retrouve Wikipédia... qui fonctionne exactement selon cette règle.
Alain Garnier précise : « Il l'est (faussé) de plusieurs manières. Tout d'abord, celui qui propose un contenu (site, blog , média...) a bien entendu intérêt à être lu. Que ce soit pour des raisons financières ou simplement narcissiques. Il aura donc à coeur de pousser son oeuvre. C'est là que l'e-Ver est dans l'e-Fruit du Net. » Je retiens la formule... « Car sur Internet comme dans certaines républiques bananières, on peut voter plusieurs fois, faire voter son cousin, son frère, sa soeur, ses collègues, voire payer des gens pour le faire à sa place. Bref, rien de très démocratique pour peu qu'on soit un tantinet organisé ou qu'on en ait les moyens. » C'est exactement ce qui se passe sur Wikipédia, entre administrateurs... « Aussi, l'idée selon laquelle c'est le bon peuple qui propose et met en avant les meilleurs contenus du Web est depuis quelques temps une gentille fable qui permet à tous de continuer à faire du trafic sous couvert d'un système démocratique donc obligatoirement positif. »
Alors pourquoi une grève ? Elle « est un cri du coeur qui revient à dire : le modèle des Digg-Likes n'est pas "bon" et "convergent" par essence. Il l'est si et seulement si la communauté qui l'anime est éduquée, autonome et pas en recherche d'avantages personnels. Voilà un aveu d'impuissance pour ces sites qui ne peuvent donc garantir la pertinence de leurs résultats. »
Il en est de même pour Wikipédia. Mais les wikipédiens ne le reconnaissent pas encore. A quand une grève de Wikipédia pour dénoncer les abus des administrateurs ?
Cependant Alain Garnier recommande de ne pas « pour autant jeter le bébé avec l'eau du bain ! Car ce qu'apportent ces sites, c'est avant tout la capacité de mettre en lumière ce qui est nouveau sur le Net, de pouvoir l'extraire de la masse immense que constitue le Web en croissance. Or cette fonctionnalité est essentielle et elle perdurera sous une forme ou sous une autre. »
Par contre, si ce dernier point concerne les blogs, il ne concerne pas du tout Wikipédia qui n'a pas pour vocation de « mettre en lumière ce qui est nouveau sur le web » ou ailleurs.
Et notre auteur conclut : « La fin de la naïveté 2.0 peut-être ? Souhaitons le. » Oui souhaitons-le avec lui. Il est tellement vrai que "naïveté" se conjugue mal avec "naviguer sur le web"...
Question annexe : Fin de la naïveté chez Wikipédia ? Je n'en suis pas sûr... Les wikipédiens ne semblent pas mûrs pour une telle remise en cause...
Venons-en à la position de Ceedjee. Il soutient que :
« L'impossibilité de faire confiance à une encyclopédie ne relève pas de wikipédia mais du savoir même. Il y a des controverses sur tout.
En *théorie*, wikipédia solutionne le problème avec la NdPV (Neutralité de Point de Vue).
En *pratique*, wikipédia ne solutionne rien car l'essentiel des éditeurs n'en respectent pas les principes... » (post 27 de l'article Faits et foutaises : Wikipédia ou le règne de l'ignorance).
Et il précise dans le post 43 du même billet :
« * ce n'est pas wikipédia qui n'est pas fiable; c'est bel et bien internet et certains déséquilibrés qui y sévissent. Le projet wikipédia est conceptuellement excellent mais souffre certainement de son support.
* Si vous voulez utiliser wikipédia, et bien vérifiez que c'est sourcé et si c'est sourcé, vérifiez quelques sources pour vous évaluer la tenue du reste du texte. Seule wikipédia offre cela. Dans les autres encyclopédies, un article ne donne qu'un point de vue, celui du spécialiste qui a écrit l'entrée en question.
* la Neutralité de Point de Vue est un concept essentiel et unique à wikipédia qui l'a mit au-dessus de toutes les autres encyclopédies. Le texte sur l'antisémitisme du Mufti en est le parfait exemple car il n'existe nulle part, aucun autre support, aucune autre approche qui ne donne ainsi une *synthèse* des différentes visions sur le sujet. »
Je résume son argumentation. Wikipédia est très bien en théorie : le concept de la Neutralité de Point de Vue est théoriquement ce qu'il y a de mieux. Par contre, en pratique, c'est un "flop", car tout le monde ne joue pas le jeu. Ce serait dû aux « éditeurs (rédacteurs ?) qui n'en respectent pas les principes » ou à « Internet et aux déséquilibrés qui y sévissent ».
Opposer théorie et pratique ne tient pas la route, car une théorie qui ne se vérifie pas dans la pratique montre tout simplement que cette théorie est fausse... C'est en tous cas un aveu d'impuissance, comme le soulignait Alain Garnier et un fameux aveu d'échec.
Quant au « concept de la Neutralité de Point de Vue » qui, si j'ai bien compris, consiste à mettre toutes les théories sur un sujet donné, il est utopique. Car qui décide de ce qui est neutre et de ce qui ne l'est pas ? Les administrateurs qui n'y connaissent rien ? Comment présenter une théorie principale et les autres secondaires ? Qui décide de ce qui est important et de ce qui ne l'est pas ? Qui décide de mettre en avant ou de supprimer tel fait ? Toujours les administrateurs ?
Il est vraiment temps que les wikipédiens se réveillent de leur naïveté et admettent que Wikipédia est une utopie de plus qui ne tient pas face à la réalité...