Le troisième choc pétrolier...
Jean Marc Vittori, dans un article des Echos du 22 mai 2008, nous expliquait que « ceci n'est pas un choc pétrolier »... Il expliquait : « Les cours ont plus que décuplé en moins d'une décennie ! Oui mais... la hausse a été progressive. Au cours de la dernière année, les cours ont "seulement" doublé et c'est le rythme de progression le plus rapide depuis qu'ils ont quitté la zone des 30 dollars en 2003. Rien à voir avec le "vrai" choc de 1973. A l'époque, les prix avaient quadruplé en trois mois. En 1979, ils ont triplé en huit mois. »
Quelques jours plus tard, les titres des articles sont d'un tout autre ton.
« L'économie américaine affronte un "choc pétrolier sévère", selon la Fed », d'après le Journal du Net dans une dépêche du 04 juin 2008...
Les Echos ne sont pas en reste sous la plume de Richard Hiault en date du 09 juin 2008 : « L'économie mondiale sous le coup d'un troisième choc pétrolier ». Le "chapeau" de l'article est explicite : « L'envol des prix du pétrole risque de faire dérailler la croissance économique mondiale et de favoriser un peu plus les tensions inflationnistes. La communauté internationale semble impuissante. A 150 dollars le baril, voire 200 dollars, la donne économique mondiale n'est plus la même. Wall Street, en abandonnant vendredi soir un peu plus de 3%, en témoigne »... Et le « spectre de la stagflation » reparaît...
Les ministres de l'Energie du G8, réunis à Aomori au Japon ont lancé un appel à la hausse de la production pendant le week-end dernier, mais les pays producteurs font la sourde oreille. Ils ont également cherché à faire baisser la demande : « C'est pourquoi les Etats-Unis et les quatre plus grandes puissance économiques asiatiques (Japon, Chine, Inde, Corée du Sud), qui consomment à eux seuls les deux tiers de l'énergie mondiale, ont appelé samedi à éliminer "progressivement" les subventions sur les carburants. » Mais « les représentants de la Chine et de l'Inde, ont souligné qu'il n'était pas question de réformer ce système dans l'immédiat. » Pour éviter une grogne sociale sans précédent, comme ce qui se passe en Indonésie.
Le même jour, Bernard Seux, dans sa chronique économique sur Europe 1, reprise sur son blog, parle du « Choc pétrolier, acte III ». A la question « Le prix du pétrole a bondi de près de onze dollars en une seule journée vendredi pour finir à près de 139 dollars le baril. Ces deux chiffres sont historiques. Le troisième choc pétrolier se confirme-t-il ? » Il répond sans hésiter : « La réponse ne fait aucun doute ce matin : c'est oui, bien sûr. Après les chocs de 1973 et 1979, 2008 restera dans les livres d'histoire comme l'année du troisième choc pétrolier subi par l'économie mondiale. » Son analyse est très claire : « Cette fois-ci, le choc n'est pas politique, il est économique. [...] Sur le moyen et long terme, d'abord, le choc vient de l'augmentation de la demande de l'Asie, de la découverte plus rare de nouveaux gisements, de la croissance économique. [...] A très court terme, tout pousse aussi le pétrole à la hausse [...] il s'agit de la spéculation. »
Et Nicolas Barré, toujours dans Les Echos du 09 juin 2008 titrait « Le choc et la bulle ». Il explique : « la danse folle des prix du brut s'explique plus immédiatement par le désordre qui règne sur le marché des monnaies. » Bern Bernanke, président de la Réserve fédérale américaine est piégé par son mandat qui est de lutter contre l'inflation ET le ralentissement de l'économie : « tout ce qu'il peut faire sur un front est mauvais pour l'autre, et vice versa »... Jean-Claude Trichet, lui n'a qu'un but : lutter contre l'inflation. Mais ce sont ses déclarations de la semaine dernière qui ont fait flancher le dollar et déclenché l'embrasement du marché du pétrole. Provoquant une nouvelle poussée inflationniste "importée" à l'opposé de son objectif de départ. Et Nicolas Barré de conclure : « Bref, face au choc que subit l'économie mondiale et à la bulle du pétrole, les réponses sont soit absentes soit contradictoires. C'est bien ce qui inquiète. »
Et c'est Jean-Marc Vittori qui termine (temporairement) la série dans un article du 11 juin 2008, toujours dans Les Echos qui titre : « Pétrole : l'urgence et le long terme ». Il commence son article par reconnaître que « la flambée de l'or noir est particulièrement douloureuse. » Même s'il ne parle pas explicitement de ce troisième choc pétrolier (difficile de se contredire à trois semaines d'intervalle...), il explique que « plus le choc est brutal, plus l'ajustement est douloureux. » Et il faudra du temps pour cette adaptation.
En conclusion, c'est un véritable choc pétrolier qui frappe l'économie mondiale. Les autorités aussi bien monétaires que politiques se trouvent démunies et n'ont pas de solution. La machine de l'économie mondiale semble s'emballer sans qu'il y ait de "pilote dans l'avion". Les hommes ont toujours su s'adapter, mais cette fois-ci ce sera au prix de quelles misères et catastrophes humaines ?
C'est cela aussi la globalisation et la mondialisation...