Le poker s'invite dans les entreprises : nouvelle foutaise...
Dans la newsletter de l'APCE de ce jour (Association Pour la Création d'Entreprise), je découvre avec effarement ce qui me semble être une nouvelle "foutaise" de plus au "service" des entreprises : « Le poker s'invite dans les entreprise avec PokerForBusiness : La société PokerForBusiness propose des prestations basées sur le poker et dédiées aux entreprises (séminaires de formation pour améliorer la prise de décision, actions de communication, dispositifs d'évaluation pour identifier et évaluer les capacités de performance)... »
Cette information se trouve plus précisément dans la rubrique « Nouvelles idées, nouvelles tendances » qui présente d'habitude des idées de nouveaux business. C'est en général une rubrique assez intéressante.
Mais cette fois-ci, je suppose que l'auteur de la newsletter est allé un peu vite et n'a pas suffisamment vérifié ce nouveau concept. C'est dommage pour la crédibilité de l'APCE...
Revenons à PokerForBusiness.
La newsletter pointe sur le site www.Actionco.fr qui fait une brève présentation du concept. Je ne connais pas ce site, mais je n'y ferais pas une confiance absolue... Cette présentation renvoie au site de la société PokerForBusiness.
Site bien fait et accrocheur...
L'équipe de PokerForBusiness est de... trois personnes. Des pointures : un polytechnicien, une « diplômée en sociologie (DEA) et en ressources humaines (DESS) » et un « commercial de formation et de terrain ». Impressionnant...
Venons-en au fond du problème.
J'ai lu toutes les rubriques du site. Comme il paraît que le poker actuel "Texas hold'em" est très différent et « plus subtil » que le « poker fermé des vieux westerns », je suis allé sur un des sites mis en lien sur le site de PokerForBusiness : www.poker-academie.com.
J'ai consulté l'article intitulé « Par où commencer ? », ce qui me semblait adapté à mon cas.
Et je n'ai pas été déçu :
« Vous pouvez commencer à partir de zéro! En effet nul besoin de créditer pour commencer à "envoyer" des jetons, il vous suffit d'ouvrir un compte sur un site de jeu en ligne et de tester les parties de "play money" (par opposition au parties: "Real Money"). Ces parties sont les espaces gratuits du site qui servent à tester l'interface et les options.
« Cela dit, le poker est, et restera, un jeu d'argent. Les parties sans enjeu ne présentent que peu d'intérêt. En effet, la principale difficulté du poker c'est la gestion de la tension et des émotions qui nous empêchent de prendre les bonnes décisions. C'est cette faculté de garder l'esprit clair alors que nous jouons avec notre argent et que nous risquons de le perdre, qui fait la différence et qui donne tout son attrait au poker. Je vous conseille donc de commencer très rapidement à jouer pour de l'argent, à partir du moment ou vous êtes familiarisé avec la hauteur des combinaisons et les règles de base du jeu.
« Sur Internet, nous pouvons jouer à tous les tarifs, ce qu'il faut c'est trouver son propre tarif de jeu. Quel doit être le montant de notre premier dépôt? A priori, vous devez créditer un montant dont la perte, sans vous empêcher de dormir vous contrarie un peu. En effet, comme nous venons de le dire, le moteur de progression est non seulement technique mais également nerveux. Si vous jouez pour des allumettes, vous serez trop tenté de suivre le coup jusqu'au bout, en vous risquant à des tirages plus qu'hasardeux, et vous ne développerez pas le style "serré-agressif" indispensable pour gagner sur le long terme.
« "L'envie vient du besoin". Si vous ne jouez pas assez cher, vous n'aurez jamais envie de bien jouer, vous aurez juste envie vous amuser.
« Vous devez donc créditer d'une somme qui vous "parle". Si perdre 50€ ne vous fait ni chaud ni froid, alors créditez de 300. A l'inverse, si vous êtes malade à l'idée de perdre 100 alors créditez de 30€. Bien entendu, les sommes que vous êtes prêt à perdre sont de l'ordre de grandeur de celles que vous pourrez gagner. A priori, un dépôt raisonnable pour commencer à jouer et muscler sa technique est de 50€. »
Nous voilà prévenus...
Question : les formations se font-elles avec l'argent des stagiaires ? En mettant en jeu suffisamment d'Euros pour que ce soit stressant et qu'on en tire la substantifique moelle ... ?
Revenons sur la société PokerForBusiness et la page d'accueil de son site.
Le principe du poker est énoncé : « faire fructifier son capital dans un environnement concurrentiel ». Et donc, « il s'agit à chaque instant, de prendre des décisions, d'être confronté à celles des autres, d'analyser les situations en prenant en compte à la fois des critères mathématiques, financiers, stratégiques, comportementaux, émotionnels, psychologiques et sociologiques. Ce jeu est déjà connu, c'est celui de l'entreprise et de toute initiative économique. »
Et d'expliquer que « le poker est une métaphore de l'entreprise :
« Maîtriser le jeu conduit à élaborer des stratégies adaptées à ses objectifs afin d'optimiser la rentabilité, minimiser les risques et évoluer rapidement en fonction de la situation.
« Les qualités du joueur de poker sont des qualités essentielles de l'entrepreneur et du manager: rationalité des décisions, anticipation, capacité d'action offensive, analyse psychologique des acteurs, maîtrise de soi, et bien d'autres. »
PokerForBusiness vous garantit qu'elle « a étudié et analysé les similitudes entre poker et entreprise et vous propose de bénéficier de ce puissant levier de progrès ». Le baratin habituel... Toute nouvelle méthode proposée aux managers, futurs "gogos", est toujours un "puissant levier de progrès"...
Cependant, PokerForBusiness admet que la métaphore a ses limites :
« Si le poker est une métaphore de l'entreprise, sa nature de jeu ludique et sportif doit être conservée pour favoriser les exploitations pédagogiques et didactiques.
« Malgré les nombreuses analogies possibles, le poker n'est pas l'entreprise. » Ouf !
« Certaines notions fondamentales de l'entreprise et des affaires en sont tout à fait absentes. » On aurait bien aimé savoir lesquelles...
Mais rassurez-vous PokerForBusiness complète ses « interventions par l'apport de concepts professionnels et business permettant de satisfaire l'ensemble des objectifs professionnels définis ».
C'est bien joué et cela sent le sérieux : on vous explique même que le système a ses limites... mais qu'on les compense...
Eh bien, non ! Le poker ne peut être une métaphore de l'entreprise idéale. Si elle l'est, c'est par son plus mauvais côté : la bataille pour savoir qui fera le plus de rayures sur le parquet avec ses dents...
D'abord, si pour le poker « la meilleure stratégie est celle qui assure le meilleur retour de l'investissement sur le long terme » et que « l'unique objectif est de maximiser ses gains », il n'en est pas de même pour l'entreprise. Pour cette dernière, le profit est le moyen d'atteindre ses objectifs et non l'inverse. Il ne doit pas y avoir confusion entre les moyens et les objectifs. Et il faut absolument refuser le profit maximum comme seul et unique objectif de l'entreprise.
C'est donc déjà, dès le départ un écart fondamental.
Ensuite, le poker est essentiellement « un jeu individualiste » : je suis seul contre les autres et pour que je gagne, il faut que les autres perdent. Alors que l'entreprise est (ou devrait être) avant tout une communauté de collaboration. Les concepts récents "2.0" (Entreprise 2.0, Management 2.0) sont construits sur les possibilités collaboratives du Web 2.0. Si chacun joue perso contre les autres, c'est la fin de l'entreprise et tout le monde sera perdant. Par contre, si chacun collabore sincèrement, tout le monde sera gagnant.
Autre différence de taille.
Le bluff qu'on retrouve au centre de la stratégie du poker, même si PokerForBusiness affirme que c'est « une notion scientifique qui peut se mettre en équations » au nom de l'application « au poker de la "théorie des jeux" » (il faut bien être polytechnicien pour l'affirmer sans sourciller...), s'oppose à l'échange sincère des informations qu'on retrouve au centre des relations dans l'entreprise.
Et nos trois partenaires n'ont pas peur d'affirmer que le poker permet de « développer l'intelligence relationnelle ». L'intelligence manipulatrice, peut être, mais certainement pas la capacité à nouer des relations cordiales et sincères avec ses collègues.
La seule analogie que je vois est le stress qui découle de la prise de décisions qui ont un impact sur l'avenir de l'entreprise.
Mais il y a d'autres moyens d'apprendre à gérer son stress que de jouer sa paie au poker !