Les cadres et la crise.
Un article des Echos du 28 octobre 2008 explique que « La crise tourmente les cadres ».
Cela fait de nombreuses années que les articles se multiplient sur le malaise des cadres. Ce malaise date des années 90, période pendant laquelle les entreprises se sont mises à licencier les cadres en masse. Depuis, le malaise ne s'est pas dissipé.
Cette situation est particulièrement grave en cette période de crise où les entreprises vont avoir le plus besoin de toutes leurs ressources et en particulier de leurs cadres.
Le chapeau de l'article est un bon résumé de la situation : « Inquiets pour leur rémunération et leur patrimoine, dubitatifs sur la pérennité de leur emploi, les cadres subissent, eux aussi, la crise actuelle. Dans l'expectative, beaucoup renoncent à changer d'entreprise malgré les perspectives d'évolution. La démotivation et la grogne menacent. Les ténors de la finance et les directions des entreprises sont souvent accusés de s'être coupés de leurs troupes et d'en demander toujours plus sans retour, ni reconnaissance. »
Pour confirmer ses propos, notre auteur cite dans un paragraphe intitulé « Ambiance délétère », la note de l'association Entreprise et Personnel « La déchirure », parue le 07 octobre 2008.
Je n'ai pu me procurer cette note de 50 pages. Par contre, la présentation qu'en fait le site d'Entreprise et Personnel est suffisamment claire :
« Quelles perspectives pour les mois à venir ?
Nicolas Sarkozy va-t-il choisir d'approfondir les réformes structurelles, envers et contre tout ? Va-t-il au contraire être contraint à attendre la sortie de crise envisagée au mieux pour le second semestre 2009 ? La stratégie la plus probable est celle du "fine tuning" : communication, "déminage", et avancée dès que le contexte le permettra. Ce pragmatisme politique sera-t-il suffisant pour éviter une détérioration profonde du climat social ? La Note envisage deux scénarios, l'un et l'autre pessimistes, anticipant dans les tous les cas une remontée de la conflictualité. Une crise de cette ampleur provoquera un effet d'appauvrissement important, qui accentuera les frustrations. Ces mécontentements pourront concerner aussi bien les réformes à venir, toutes sensibles (retraites, hôpitaux, politiques publiques, lycées...), que des initiatives maladroites sur les sujets de société (banlieues, Edvige). Les entreprises ne seront pas préservées par ce regain probable de conflictualité ; l'inconnu réside dans l'efficacité des possibles canaux de propagation des conflits.
S'agissant des syndicats, s'ils conservent des capacités réelles de mobilisation, ils apparaissent de nouveau désunis à la veille d'un scrutin et d'une recomposition décisifs pour leur avenir. Toutefois, ces organisations devraient se montrer plus radicales, après ce qu'elles considèrent comme un passage en force sur les 35 heures de la part du ministre Xavier Bertrand. Quant à l'extrême gauche et à la mouvance radicale, elles pourront contribuer à envenimer de nombreux conflits, sans être en mesure toutefois, à elles seules, d'organiser et d'amplifier de vastes mouvements sociaux. Dans l'entreprise, au-delà de cette conflictualité ouverte, il faudra être très attentif à toutes les formes de "grève froide", qui, pour être discrètes, n'en sont pas moins dangereuses. En résumé, le contexte à venir risque fort d'accentuer toutes les formes de conflictualité, par exemple lors de l'annonce de plans sociaux ou du fait d'une remontée confirmée de l'inflation.
Les mois à venir s'annoncent donc particulièrement éprouvants pour le gouvernement comme pour les entreprises, au plan économique et social. Pour tous ces acteurs, c'est leur capacité à soigner la régulation sociale, à mener une communication pédagogique, et à garantir l'équité entre tous qui devrait leur permettre de traverser au mieux cette période très troublée. »
Notre auteur cite une partie de cette note concernant les cadres : « « Il y a au sein des entreprises un climat de tension. Les cadres ont l'impression qu'on leur demande toujours plus, tout en voyant leur situation professionnelle se dégrader », lance Jean-Marc Le Gall, directeur d'études de l'association. »
Il continue : « Souvent, l'insatisfaction se cristallise sur les directions en place. « Le top management est fortement remis en cause. Non seulement il donne le sentiment d'être autant dans l'expectative que les salariés, mais, en plus, certains dirigeants révèlent qu'ils n'ont pas pris la mesure de la crise », analyse Bénédicte Haubold. Pointées du doigt, les luxueuses réceptions données par les groupes Dexia et Fortis, alors même que le premier venait d'être renfloué par l'argent public, tandis que le second était racheté par BNP Paribas. Pour Jean-Marc Legall, ces pratiques sont révélatrices du divorce entre les directions et leurs managers : « Les dirigeants se sont coupés progressivement de leurs troupes, leur laissant un sentiment d'abandon. »
Il est temps que les dirigeants de nos entreprises se rendent compte de cette « déchirure » et qu'ils prennent les mesures adéquates pour la réparer. Sinon, en pleine tourmente, ils se retrouveront seuls...
Un dossier du Journal du Net paru le 16 octobre 2008 : « Cadres : objectif remotivation », fait la même analyse et propose des solutions. Tout un programme... J'y reviendrai dans un prochain billet.