Toyota se met en ordre de bataille... quand nos constructeurs piétinent...

Publié le par Bernard Sady

Toyota a violemment trébuché sur cet exercice (qui se termine en mars) : près de 3 milliards d'euros de pertes, alors que l'exercice précédent était bénéficiaire à plus de 11 milliards d'euros... La chute est très sévère. J'en avais déjà parlé dans un billet précédent.

 

Mais Toyota n'est pas moribond. Il se réorganise et a très rapidement réorienté sa stratégie.

« En janvier, le groupe a annoncé le changement de président à partir de juin. Akio Toyoda, petit fils du fondateur, va succéder à Katsuaki Watanabe qui, pendant quatre ans à la tête du groupe, a largement développé les capacités de production. Numéro un mondial devant General Motors, le constructeur japonais qui a connu des problèmes de qualité, encore impensables quelques années plus tôt, va à présent ralentir le rythme. Oublié l'objectif des 10 millions de véhicules produits dans l'année ; la firme va se réorganiser et fixer son seuil de rentabilité à 7 millions. » explique Michel de Grandi dans Les Echos du 09 février dernier.

 

Le constructeur n'en a pas moins mis en place « un plan de réduction de 10 % de ses coûts fixes. Il taille dans ses dépenses d'investissement en gelant par exemple les extensions de capacités, et descend à ce point dans le détail qu'il réduit les frais au niveau de chaque service. Cela passe aussi bien par la suppression des photocopies couleur que par la condamnation des sèche-mains électriques ! »

Michel de Grandi expliquait déjà ce plan dans les Echos du 21 janvier dernier : « Le champion de la maîtrise des coûts en période de croissance serre encore plus les boulons quand la crise est là. Il suspend sa production, ralentit les extensions d'usine, gèle les nouveaux investissements et enfin appelle ses salariés à acheter des modèles de la marque pour soutenir les ventes. Corollaire, Toyota va revenir à un volant moyen de 3.000 travailleurs temporaires au lieu des 9.000 atteints récemment. »

 

Réaction immédiate donc, en réduisant les coûts et en se réorganisant pour être rentable avec une production de seulement 7 millions de véhicules au lieu de 10, soit une baisse de production de 30% !

 

Mais ce n'est pas tout, Toyota conserve sa stratégie du véhicule hybride, « au moment où la plupart des constructeurs investissent dans le tout-électrique ».

 

A noter que Toyota ne mise que sur ses forces et ne demande rien  l'état japonais...

 

Toyota sera donc fin prêt lorsque le marché automobile redémarrera.

 


Ce n'est hélas pas le cas de nos constructeurs français.

Un article des Echos du 09 février expliquait que "PSA a perdu sa boussole"... L'auteur, Denis Fainsilber pose la question : « Où va PSA Peugeot Citroën ? » Car en effet, « les 3 milliards d'euros de prêts débloqués cette semaine par l'Elysée ne tiennent pas lieu de stratégie : s'il n'est pas le seul groupe touché de plein fouet par la crise économique et financière, le deuxième constructeur automobile européen est l'un de ceux dont les moyens de riposte restent désespérément opaques. »

 

Quant à Renault, David Barroux explique dans les Echos du 13 février dernier que « tant sur le plan du design, des gammes, de la technologie ou des alliances, l'ex-Régie se retrouve à un carrefour. Faut-il chercher la rupture dans les formes ? Abandonner l'ambition sur certains segments comme le haut de gamme ? Miser massivement sur le véhicule électrique ? Et enfin, comme le déclarait hier Carlos Ghosn, faut-il attendre que le marché touche le fond avant d'envisager un mariage avec un autre constructeur ? Entre une prudence justifiée et une audace risquée, les indispensables choix sont forcément complexes. Renault va devoir négocier au mieux un nouveau virage. Un virage dangereux. »


 

Conclusion : Toyota est sans conteste le champion de la performance industrielle. Mais cette performance associée à une stratégie claire et suivie, a déjà porté ses fruits dans le passé et sera certainement gagnante dans l'avenir.


Voici une réponse à Gilles Martin qui écrivait en commentaire sur ce blog : « Le "Lean" est souvent un ingrédient utile mais rarement le moyen qui fait la différence...
Sans stratégie ni sens, il manque quelque chose :
http://gillesmartin.blogs.com/zone_franche/2008/12/lefficacit%C3%A9-op%C3%A9rationnelle-dangereuse.html »

 

En lisant l'article de Gilles Martin en référence ci-dessus « L'efficacité opérationnelle ne suffit pas », on s'aperçoit que ce dernier met en avant la stratégie au détriment de l'efficacité opérationnelle. Mais, pour paraphraser son titre, « la stratégie ne suffit pas »...

Toyota a parfaitement su associer TPS (ou lean) et stratégie.

C'est l'association des deux qui fait la différence.

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Publié dans Toyota

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