G20 : en avant toutes... dans le mur ? Non, dans un édredon !
Depuis 3 semaines, les 20 gouvernements participant au G20 du 2 avril prochain s'agitent dans tous les sens (certains plus que d'autres...) pour cette préparation. Le monde semble attendre LA solution à la crise économico-financière actuelle. Mais la déception risque d'être à la hauteur des attentes.
Pourtant, tout pourrait sembler aller pour le mieux. Pierre-Antoine Delhommais dans Le Monde des 22 et 23 mars explique, maniant l'ironie : « On a tort de s'inquiéter. Tout se passera bien, début avril, à Londres, au sommet du G20. Les chefs d'Etat et de gouvernement et les patrons des banques centrales arboreront, sur la photo de famille, un large sourire, symbole de leur entente cordiale face à la crise. Chacun d'eux sait que l'étalage au grand jour de désaccords compromettrait le retour de cette fameuse confiance sans laquelle la croissance mondiale aura bien du mal à redémarrer. Confronté, chacun dans son pays, à une tension sociale croissante, aucun ne prendra le risque de la division et de la fausse note. Les apparences seront sauves. Il y a d'autant plus de raisons d'être optimiste que le G20 n'abordera pas les sujets qui fâchent. A commencer par celui, central, décisif, de l'organisation du Système monétaire international (SMI). Il ne figure même pas au menu. Fâcheux oubli pour un sommet que M. Sarkozy a présenté comme "un nouveau Bretton Woods" : la refondation du SMI avait pourtant été au coeur des accords de juillet 1944. »
Avant d'entrer dans le vif du sujet, faisons d'abord un retour sur les résultats du premier G20 qui s'était tenu à Washington le 20 novembre dernier. Ce n'est pas brillant...
Un article des Echos du 30 décembre dernier ("Faux départ pour Bretton Woods 2") signalait déjà les faibles résultats du "Bretton Woods 2". (Il faut d'ailleurs noter que cette expression "Bretton Woods 2" a complètement disparu du paysage médiatique...)
« Le G20 de Washington, à la mi-novembre, devait donner le coup d'envoi d'un nouveau Bretton Woods. La réunion a même esquissé un plan mondial de soutien à l'économie et de lutte contre la crise financière. Un mois après pourtant, le seul objectif tangible a volé en éclats, écrit le "Financial Times". Pour éviter un retour en force du protectionnisme comme dans les années 1930, le G20 s'était engagé à boucler le round de Doha et à repousser toute mesure protectionniste. Le premier engagement a échoué devant l'entêtement des Etats-Unis et de l'Inde, et le second a duré à peine quarante-huit heures avec la décision de la Russie d'augmenter les droits de douane sur les importations d'automobiles. "En un mois, le quart du G20 a rompu ses promesses", écrit le quotidien britannique. Le "problème fondamental" du G20 est qu'il n'a rien fait pour inciter ses membres à appliquer leurs promesses. »
Et c'est Dominique Strauss-Kahn qui en remet une couche le 26 janvier : « "Nous nous sommes réunis ici à Washington à la mi-novembre pour dire que nous allions recapitaliser les banques, révéler leurs pertes, mettre en place des plans de relance", a-t-il rappelé lors d'une conférence à l'université de Georgetown à Washington.
"Très peu a été fait. Je ne dis pas que rien n'a été fait. Mais cela bouge très, très lentement", a-t-il regretté.
Depuis, on n'en parle plus... Oublié le nouveau "Bretton Woods 2" et la réforme du Système Monétaire International... On est déjà dans la deuxième réunion du G20...
Mais la situation, 10 jours avant ce nouveau sommet n'est pas aussi sereine. La crise est toujours là et s'est particulièrement étendue et développée depuis ce 20 novembre. Et les intérêts des différentes parties prenantes sont contradictoires.
C'est ce qu'explique un article des Echos du 13 mars dernier ("Un fiasco annoncé") :
« Le G20 du début avril à Londres sera un fiasco. Comme beaucoup du fameux "rétablissement de la confiance" a été misé sur cette rencontre, les conséquences seront désastreuses. Pour la reprise mais aussi pour les hommes politiques qui feront la preuve de leur incapacité et de leur irresponsabilité devant les yeux des caméras du monde entier. Y compris et surtout Barack Obama, porteur pourtant d'immenses espoirs chez lui et au dehors.
« La réunion va échouer parce que les différends semblent, à trois semaines du début, insurmontables. Il y a le différend Nord-Sud, dont on entend à peine parler. Les flux d'argent privé investis dans les pays émergents sont tombés de 928 milliards de dollars en 2007 à 466 milliards l'an passé. Ils devraient redescendre à 165 milliards cette année, d'après l'Institut de la finance internationale. Les immenses plans de relance des pays riches pompent tous les capitaux. [...] Parions que de Londres ne sortiront que de belles paroles.
« Il y a les différends sur les modalités de "la nouvelle régulation financière". L'insistance franco-allemande contre les paradis fiscaux et les « hedge funds » butera sur la stratégie d'évitement anglo-saxonne, Wall Street et la City liguées pour ruser. Et pour affirmer : ce n'est pas l'urgence ! Le malade Finance est sub-claquant et vous nous égarez à vouloir lui réapprendre à conduire ! Ce n'est pas le moment.
« Il y a surtout le grand différend, celui qui porte sur la stratégie anticrise et qui est, pour l'heure, radical. » Les USA voudraient que l'Europe fasse plus en ce qui concerne la relance, car « l'Amérique dépense 780 milliards de dollars, son déficit est de 10 % du PIB, elle ne peut pas faire plus. Et le consommateur américain, hier pilier de la croissance mondiale, non seulement boude les magasins mais il épargne désormais. » Mais l'Europe a répondu par une fin de non-recevoir, car elle déjà fait assez et ne veut pas augmenter encore plus ses déficits.
Ce soir, c'est François Fillon, en visite à Washington qui interpelle ses homologues, selon Les Echos qui rapportent ses propos :
« "A Londres, nous aurons le devoir d'aboutir à des réponses concrètes", a déclaré M. Fillon à Washington devant quelque 180 personnes de la Fondation Carnegie pour la paix internationale, un des plus importants clubs de réflexion américains.
« Selon lui, quatre piliers sont essentiels : "réforme de la régulation financière internationale, soutien à la croissance, sauvetage des banques et soutien aux pays les plus menacés".
"Si un seul de ces piliers manque il n'y aura pas de reprise durable ni de confiance réelle dans le système", a fait valoir M. Fillon.
« "Je crois que nos chances de succès sont grandes", a-t-il ajouté qualifiant d'"étape décisive" le sommet des 20 pays développés et émergents le 2 avril "pour remettre l'économie mondiale sur les rails". »
Si François Fillon lance un tel appel, c'est que les "réponses concrètes" à la crise ne vont pas de soi... et que les chances ne sont pas aussi grandes...
Mais rassurez-vous, comme disait Pierre-Antoine Delhommais, « On a tort de s'inquiéter. Tout se passera bien, début avril, à Londres, au sommet du G20. »
Et d'ailleurs, la réunion des ministres des finances à Londres le 14 mars derniers en a été une bonne répétition générale, selon Philippe Grasset :
« Puisqu'il fallait montrer une certaine façade de bonne entente et de solidarité dans l'action, ou dans tous les cas dans les réunions, les ministres des pays du G20 et leurs banquiers-en-chef réunis samedi au Royaume-Uni ont diffusé un communiqué aux accents entraînants, qui dissimule moyennement la pauvreté des résultats. En deux paragraphes, qui montrent les caractéristiques de la réunions des ministresd ("peu de décisions concrètes", pas de décision sur le chiffre du renforcement des finances du FMI, peut-être "pour laisser une annonce substantielle au sommet de Londres des chefs d'Etat et de gouvernement"), EUObserver résume bien, aujourd'hui, le climat régnant entre les grandes nations du monde, les vingt dans ce cas, qui assurent 85% de la puissance financière mondiale. Il semble désormais, et pour la période, que le rythme soit acquis, d'une coopération réduite au minimum entre les pays du G20. »
Je pense avoir montré qu'il y a toutes les chances qu'il ne sorte rien de véritablement concret (n'en déplaise à Fillon) de ce G20, malgré une façade parfaitement préparée. Ce G20 viendra tranquillement s'écraser sur un édredon, sans faire de mal à aucun de ses participants...
Et ensuite ? Ce sera la catastrophe annoncée par le LEAP : « la dislocation géoplitique mondiale marquée par la disparition du socle financier (Dollars + Dettes) sur l'ensemble de la planète et la fragmentation accélérée des intérêts des principaux acteurs du système global et des grands ensembles mondiaux. » En particulier, on assisterait à « la cessation de paiement du Royaume-uni, puis des Etats-Unis ».
Pas réjouissant...
Mais Geithner vient de publier son plan de rachat des actifs toxiques des banques ! Va-t-il, à la manière de Zorro, sauver la planète ?
Hélas, non. Je l'expliquerai dans un prochain billet.