La récession s'amplifie : l'INSEE plus pessimiste que C. Lagarde...
Au début de le semaine dernière, j'ai rapporté les paroles "optimistes" de Christine Lagarde au sujet de la crise qui affirmait dans une interview aux Echos le 13 mars dernier : « Je suis plutôt de l'avis de Jean-Claude Trichet. Nous tablons sur une reprise courant 2010. » Elle ajoutait plus loin : « Moi, je ne suis pas convaincue qu'il y aura cette année une récession mondiale. »
Cependant, mercredi dernier, en ouverture du débat sur le collectif budgétaire à l'Assemblée nationale elle affirmait : « Ce projet de loi de Finances rectificative est construit, vous le savez, sur l'hypothèse d'une diminution de 1,5 % du PIB en 2009. Certains commencent déjà à s'agiter pour dire que ce chiffre est largement sous-estimé, et qu'il atteindra plus vraisemblablement 2 %. Malheureusement, tous les prévisionnistes, de droite comme de gauche, s'accordent sur un point : à plus de deux trimestres, la prévision est totalement incertaine ». Alors comment affirmer 5 jours plus tôt que la reprise se ferait courant 2010 ? Même si elle a fait preuve de prudence en renvoyant la reprise dans la deuxième moitié de 2010 : « Au premier semestre 2010 selon certains, plus vraisemblablement au second d'après moi ».
Car, comme le disent les Echos du 20 mars :
« L'Insee, qui limite justement sa prévision à deux trimestres, est pourtant beaucoup plus pessimiste : le produit intérieur brut reculerait de 1,5 % au premier trimestre cette année, puis de 0,6 % au deuxième, indique-t-il ce matin dans une note de conjoncture qui va à nouveau jeter un froid.
« La récession s'amplifie : en décembre, l'institut tablait sur un recul de 0,4 % puis de 0,1 %. L'acquis de croissance pour 2009 à fin juin (la croissance moyenne sur l'année si l'activité se stabilise au second semestre) s'établit à - 2,9 %. Si la récession à l'oeuvre en France depuis l'an dernier devrait être plus limitée qu'ailleurs, son ampleur est sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. Le recul de l'activité sera bien supérieur à celui observé en 1993 (- 0,9 %) et en 1975 (- 1 %). Pour atteindre la prévision gouvernementale, il faudrait, si la prévision de l'Insee se vérifie, un rebond de près de 2 % sur chacun des deux derniers trimestres : autant dire impossible. La probabilité est beaucoup plus forte que la baisse du PIB se situe autour de 3 %. »
« Différence majeure entre le gouvernement et l'Insee : la prévision de l'institut statistique intègre l'impact de l'effondrement de la production industrielle observé en janvier, qui va lourdement peser sur l'activité du premier trimestre et traduit la chute de la demande mondiale et qui s'illustre aussi par le repli des exportations (- 5,8 % prévu au premier trimestre). A 76 %, « le taux d'utilisation des capacités de production est maintenant très faible », note Benoît Heitz, chef de la division Synthèse conjoncturelle : 3,5 points en dessous de son niveau de 1993 et 8 points inférieur à celui de longue période. Avec un nouveau déstockage prévu au premier semestre, l'investissement va poursuivre son repli, parie l'Insee. »
Tout cela va provoquer une explosion du chômage.
Toujours à l'assemblée mercredi dernier, Christine Lagarde affirmait : « Les destructions d'emplois seront de toute façon importantes en 2009. Mais nous les avons estimées à 350.000, chiffre qui, compte tenu du surcroît d'emplois aidés que nous mettrons en place, pourrait être ramené autour de 300 000 ».
C'est très loin de ce que prévoit l'Insee : « Les destructions d'emplois devraient donc s'accélérer à un rythme historique (lire ci-dessous) : 387.000 dans le secteur marchand au premier semestre, davantage que la prévision du gouvernement sur l'ensemble de l'année. »
Je veux bien que la situation évolue vite, mais avec de tels écarts, on peut se demander si nos gouvernants maîtrisent bien la situation...