Cerveau droit et cerveau gauche (2) : complémentarité et collaboration
Dans un billet précédent, j'ai présenté les caractéristiques de nos deux cerveaux : droit et gauche.
Mais ce qui est le plus important, c'est que chacun des hémisphères complète l'autre et travaille (normalement) avec l'autre dans des allers-retours permanents de l'un à l'autre. Les relations entre ces deux parties passent par une zone centrale appelée "corps calleux", composée d'un énorme faisceau de fibres nerveuses.
C'est ce que nous allons voir aujourd'hui.
Je reprends le livre d'Elisabeth Nuyts "L'école des illusionnistes".
D'abord, un résumé de ce que nous avions vu la dernière fois sur chacun des hémisphères.
« Le cerveau droit, spécialisé dans le traitement de l'espace, est outillé pour traiter rapidement certaines opérations intellectuelles globales et intuitives, liées à l'application de règles. Il est très efficace en mathématiques. » Hé oui, contrairement à ce qu'on pourrait penser, les "forts en math" sont plutôt des cerveaux droits... En effet, le monde des maths se situe en grande partie dans l'espace (géométrie, trigonométrie, vecteurs, etc...) et demande un raisonnement déductif : on part des théorèmes ou postulats pour aboutir au résultat.
« Le cerveau gauche, lié à la parole complexe, est outillé, lui, pour traiter des données complexes, et leur donner sens. C'est le cerveau dominant des gens du verbe, des littéraires. » Des "forts en thème"...
Point important à noter dès maintenant, c'est qu'en cas de déficience d'un des deux hémisphères, l'autre peut compenser et « assurer la relève ». Mais de manière beaucoup moins développée : par exemple, « en cas de problème, l'hémisphère droit peut assurer la relève [dans le domaine du langage], mais le niveau de complexité du langage qu'il produit est cependant bien inférieur à celui qui est généré par l'hémisphère gauche » (Changeux).
Il est donc préférable de bien utiliser ses deux hémisphères. Par contre, si nous avons besoin de notre cerveau droit et de notre cerveau gauche, « nous avons chacun une dominance hémisphérique plus ou moins marquée ». Et « qui dit différence de dominance hémisphérique dit différence de raisonnement. Le type de raisonnement des êtres à dominance non-verbale [cerveau droit] diffère de celui des êtres à dominance verbale [cerveau gauche], du fait qu'ils n'utilisent pas les mêmes repères : les êtres à dominance droite aiment s'appuyer sur des raisonnements formels et analogiques en prenant pour repère l'espace, et les autres sur des raisonnements verbaux et analytiques, en prenant pour repère le temps. A l'époque où les règles, perçues par le cerveau droit, étaient toujours suivies d'un exemple, perçu par le cerveau gauche, chacun, passant de l'un à l'autre comme bon lui semblait, y trouvait à peu près son compte : l'illettrisme n'existait pour ainsi dire pas. »
Elisabeth Nuytz ajoute que lors des apprentissages, surtout chez les enfants, il est nécessaire de respecter cette dominance au risque de « gêner la construction de sa latéralisation cérébrale, d'une part, et d'entraver son insertion à l'école et dans la société d'autre part. »
Venons-en à la collaboration entre les deux parties du cerveau : « Parce qu'elle est globale, l'intuition est première, l'intégration consciente ne vient qu'après analyse. Il est donc naturel d'établir un va-et-vient entre cerveau droit intuitif et cerveau gauche analytique. [...] C'est en assurant un va-et-vient permanent entre nos deux cerveaux, que nous développerons au mieux l'ensemble de nos deux hémisphères. »
Elisabethe Nuyts explique : « Regardons comment ce va-et-vient équilibrant et créatif doit s'opérer pour rester ouvert à la majorité des individus. Nous savons par expérience que nous comprenons mieux une information complexe si l'on nous l'explique, ou si nous l'analysons. Nous venons maintenant de voir que :
- l'analyse, la parole complexe, la perception fine du sens précis, ainsi que la maîtrise du temps, relèvent toutes du cerveau gauche.
- la maîtrise de l'espace, l'intuition globale du sens, les règles apprises (de mathématiques ou de grammaire), les activités de reconnaissance et de synthèse relèvent du cerveau droit.
« Il serait donc logique de former l'apprenti-lecteur dans un premier temps à la lecture à haute voix analytique et ensuite seulement, à la reconnaissance et à la synthèse, ce que nous faisions autrefois. Sauter l'étape de l'analyse consciente et linéaire en période d'apprentissage transforme la lecture en simple visualisation.
« La visualisation silencieuse sollicite le cerveau droit, l'hémisphère littéral. »
Et c'est ainsi que nous comprenons le monde qui nous entoure, en passant « de l'observation des faits (cerveau droit) à leur analyse (cerveau gauche) et de celle-ci à la synthèse (cerveau droit) ».
(A suivre)