Apocalypse now...
A la fin de mon billet d'hier, je vous ai parlé de la situation de la Grande-Bretagne telle que décrite par son ministre des finances lors de la présentation du budget.
Ces chiffres, déjà catastrophiques (après une contraction de 3,5% en 2009, le Produit intérieur brut britannique devait rebondir de 1,25% l'an prochain, puis de 3,5% à partir de 2011), ont été immédiatement contredits en pire par ceux du FMI, publiés quelques minutes après l'intervention d'Alistair Darling : contraction du PIB du 4,1% cette année, et de 0,4% encore l'année prochaine.
Ce matin, c'est donc la "volée de bois vert" contre le gouvernement de Gordon Brown.
Nicolas Barré, dans un article des Echos de ce jour explique que « la City pose déjà la question: le Trésor britannique, qui a rencontré il y a quelques semaines des difficultés pour emprunter, trouvera-t-il des investisseurs prêts à financer de tels déficits ? Et surtout à quel prix ? Le leader de l'opposition, le conservateur David Cameron, s'est déchaîné hier à Westminster contre la dérive des comptes publics et a agité une nouvelle fois le spectre du FMI volant au secours d'un Royaume-Uni insolvable, comme ce fut le cas en 1976. »
En conclusion de son article, Nicolas Barré présente le Royaume-Uni comme « un pays faisant brusquement figure d'homme malade de l'Europe. »
C'est ce que prévoit le LEAP : l'insolvabilité du Royaume-Uni, suivie de près par celle des USA... cet été. Le FMI pourra peut-être soutenir le Royaume-Uni, mais les USA en plus, ce n'est pas du tout certain.
Dans un communiqué de ce jour, le Journal du Net de son côté, explique que « dans une note intitulée "Apocalypse Now", les analystes de la banque Standard Chartered se demandent ainsi comment le Royaume-Uni pourrait "réussir à dégager une croissance de 3,50% (à partir de 2011) dans un contexte de restriction budgétaire". »
Le JDN poursuit :
« Le budget présenté mercredi est une collection "de mauvais chiffres bâtis sur des fondations douteuses",les prévisions du gouvernement sont trop optimistes à plusieurs niveaux, et suggèrent que plus de tours de vis budgétaires et d'emprunts sont probables dans les années qui viennent". renchérit James Knightley, d'ING, expliquant que "
« Alistair Darling a déjà programmé une hausse sans précédent du déficit budgétaire dans l'histoire du pays, avec des emprunts nets qui devraient passer de 90 milliards sur l'exercice 2008/2009 à 175 milliards sur l'année fiscale en cours et 173 milliards sur la suivante.
« La dette publique va quant à elle gonfler de 40% environ lorsque Gordon Brown est devenu Premier ministre en 2007 à 79% en 2014, son niveau le plus élevé en temps de paix.
« Résultat, pour réduire cette montagne de dettes, "le chancelier et son successeur quel qu'il soit devront annoncer des mesures d'austérité budgétaires plus rigoureuses", si la reprise n'est aussi vigoureuse qu'il l'espère, estime Howard Archer, d'IHS Global Insight.
« Michael Saunders, de Citigroup, va jusqu'à accuser M. Darling d'avoir ouvert un "trou noir budgétaire", et pris le risque de précipiter le Royaume-Uni "dans une période prolongée de déficits très élevés, à moins de sérieuses restrictions budgétaires" qui incomberont au gouvernement issu des prochaines élections, qui se tiendront au plus tard en juin 2010.
« Avec des perspectives aussi risquées, le nouveau surnom de la City pourrait bientôt devenir "Reykjavik sur Tamise", ajoutaient les analystes du cabinet Currencies Direct.
« La presse britannique a quant à elle tiré à boulets rouges sur ce budget et ses prévisions "ensoleillées", le tabloïde Daily Mail faisant sa une sur "Alistair au pays des merveilles", et le Telegraph titrant sur le "monde fantaisiste de Darling".
« Et même Larry Elliott, le rédacteur en chef économique du Guardian, le principal quotidien de gauche, voyait dans ce budget "un cadeau empoisonné pour le prochain gouvernement, quel que soit le parti qui le composera". »
Les anglais n'ont que ce qu'ils méritent ? Peut-être, mais nous n'avons pas à faire les malins en France, car avec le niveau d'endettement qui est le nôtre, il ne faudrait pas que la crise se prolonge trop... sinon le réveil pourrait être très brutal...