Réputation sur Internet (2) : «Dégooglisez-moi!»

Publié le par Bernard Sady

Après avoir commenté l'article de Capucine Cousin paru dans "Les Echos" du 25 août 2008 « Entreprises, soignez votre "e-réputation" ! », je passe à celui de Lionel Lévy dans "Stratégies" du 6 novembre 2008, «Dégooglisez-moi!».

Le chapeau de l'article pose bien le problème : « Sortir du référencement de Google est un parcours du combattant. Voici comment rectifier le tir en cas d'impairs. »

Lionel Lévy donne un premier exemple qui montre qu'il ne faut pas plaisanter avec Internet : « Ce jeune diplômé qui recherche un emploi dans la communication est dépité: "Un gros blaireau, voilà ce pour quoi je passe sur Internet!" Quiconque cherche son nom sur Google tombe en effet sur un forum dont il est la risée. En cause, un message bourré de fautes de français qu'il a un jour posté. Un essai sur Google Images ? Pas mieux: on le voit une bouteille à la main, passablement éméché, avec en guise de couvre-chef... un slip. »

Car Internet retient tout. Et est visible par tous. A commencer par les recruteurs. Publier des photos qui semblent amusantes lorsqu'on est étudiant peut se révéler beaucoup moins drôle quelques années plus tard. « De quoi ruiner une réputation à la vitesse du haut débit », précise Lionel Lévy.

Et si, comme nous l'avons vu dans le billet précédent, les entreprises peuvent faire appel à une agence de « nettoyage de traces numériques », c'est beaucoup plus difficile pour les particuliers. « La seule réelle alternative est de demander gentiment au programmeur du site d'enlever l'information de son serveur» explique Nicolas Baleydier, fondateur du métamoteur de recherche Kartoo et cité par Lionel Lévy.

Mais ce n'est pas gagné d'avance ; « Encore faut-il identifier l'éditeur. Voire les éditeurs, car l'information malheureuse est susceptible de s'être propagée sur d'autres sites en France, et caractère transnational du Web oblige, à l'étranger. Dans ce cas, les démarches promettent d'être difficiles. "Mais même si l'éditeur identifié fait preuve de mansuétude, la partie n'est pas gagnée pour autant, précise Nicolas Baleydier. Car le contenu peut rester plus ou moins longtemps dans le cache de Google. Il sera normalement éliminé de l'index, puisque introuvable quand le serveur sera de nouveau soumis au moteur de recherche." »

Lionel Lévy renouvelle donc les conseils de prudence : « Avant de poster quoi que ce soit sur la Toile, mieux vaut donc y réfléchir à deux fois. » Même quelque chose qui peut vous sembler anodin, une intervention courte sur un forum montrant votre ignorance, un commentaire déplacé sur un blog peuvent avoir des conséquences fâcheuses. Heureusement, il y a les pseudonymes... Un point sur lequel beaucoup de blogueurs ne sont pas suffisamment attentifs, ce sont les fautes d'orthographe dans leurs articles. Une ou deux fautes de temps en temps dans un billet n'ont pas de conséquences. Mais 20 fautes par billet (il y en a...) risquent d'indisposer fortement un futur recruteur...

A cela s'ajoute la malveillance : « Mais même en étant extrêmement prudent, impossible d'être complètement à l'abri, car d'autres peuvent s'en charger pour vous. Par négligence (une photo de vous mise en ligne sans votre autorisation) ou par malveillance (collègues de bureau mal intentionnés, amants éconduits, etc.). Selon Vincent Dufief, avocat au barreau de Paris, spécialisé en droit pénal des nouvelles technologies et en droit de la vie privée, les vengeances sur le Web sont promises à un bel avenir pour les personnes connues comme pour les anonymes. »

Lionel Lévy donne quelques pistes « lorsque l'on en est victime. "D'abord conserver les preuves de la situation et identifier l'éditeur et l'hébergeur du site, explique Vincent Duffief. Ensuite, qualifier les propos. Dans la plupart des cas, il s'agit d'atteinte à la vie privée ou à l'image, d'injure ou de diffamation." »

Mais attention, car tout n'est pas injure ou diffamation : « Précision de l'avocat : "Des propos très critiques peuvent être parfaitement légaux. La victime supposée doit savoir que la liberté d'expression est très bien protégée par la loi." De même, il sera très compliqué de faire supprimer des articles relatant une condamnation passée et plus encore, une activité inavouable. "C'est au bon vouloir de l'éditeur, souligne Vincent Dufief. S'il existe un droit à l'information, il n'existe pas de droit à l'oubli." »

Ensuite, il « reste à agir. La démarche amiable consiste à envoyer un courriel à l'éditeur du site pour lui demander de rectifier ou de retirer les contenus. En cas de non-réponse, l'affaire peut devenir contentieuse (très rare en pratique pour les particuliers) et l'éditeur français sera traduit devant les juridictions civiles ou pénales. Idem pour le moteur de recherche, qui dispose d'un délai de 24 à 48 heures pour désindexer le contenu illicite. »

Lionel Lévy termine son article par un paradoxe : le « fichage volontaire »...

Il pose la question : « Est-il encore possible de protéger sa vie privée sur le Net? » Car « avec le développement des réseaux sociaux de type Facebook ou des moteurs de recherche comme Google, beaucoup s'inquiètent. »

Les réseaux sociaux sont particulièrement indiscrets : « tout ou presque peut être dévoilé sans complexe: goûts, opinions politiques, préférences sexuelles, carnet d'adresses, etc. Et certains ne s'en privent pas. Comble du paradoxe, des groupes se sont créés dernièrement sur Facebook pour lutter contre le fichier Edvige... ». Facebook est nettement supérieur à Edwige, car ce sont les internautes eux-mêmes qui entrent directement et volontairement les renseignements les concernant...

La conclusion a de quoi inquiéter : « Comment expliquer que les utilisateurs des réseaux sociaux qui renseignent tous les champs des questionnaires n'aient pas conscience du risque d'aliénation de leur vie privée ? "Les personnes anonymes, c'est fini, répond Vincent Dufief. Aujourd'hui, il n'y a que des aspirants people." "L'ego-trip" en ligne ».

Pauvre génération Y...

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