Les mythes du web 2.0

Publié le par Bernard Sady

Le Journal du Net reproduit un billet écrit par François Guillot sur son blog le 09 janvier dernier : "10 mythes du web 2.0"


Vous pourrez aller, soit consulter ce billet sur le Journal du net ou directement sur le blog de François Guillot. A noter que le Journal du Net a complété l'article original de certaines explications rendant l'argumentation plus précise.


Après les polémiques sur le Web 2.0 (en particulier sur le blog de Florent Fouque), c'est un billet qui en "rajoute une couche" pour démythifier ce fameux web 2.0...



Voici mes commentaires sur quelques-uns de ces 10 mythes.



1.    « Wikipédia est aussi fiable que Britannica. »

François Guillot explique : « C'est le mythe sur lequel Wikipédia a bâti toute son image et sa crédibilité. La source paraît infaillible : c'est une étude de la très sérieuse revue Nature qui le dit : en comparant Wikipédia et Britannica, on trouve moins d'erreurs dans le premier que dans le deuxième. »


Et pourtant, ce résultat est archifaux. Le JDN explique : « : l'enquête de Nature porte sur seulement 42 articles, avec un protocole arbitraire et restrictif. Un seul domaine est étudié (les sciences dures), et l'analyse des erreurs dans les articles est sujette à controverse... Ce
billet d'Emmanuel Bruant explique le malentendu.»


Pour moi qui suis un fervent opposant à Wikipédia, je ne peux qu'être d'accord... et ravi de voir le mythe Wikipédia à nouveau fortement secoué. La somme des ignorances ne fera jamais un savoir.



2.    « Le Drudge Report est plus fort que le New York Times. »

Je passe sur ce point, car il est hors du périmètre de mes préoccupations.



3.    « Sur Internet, c'est facile de faire du participatif. »

Encore un mythe qui part en fumée... Cette démythification est importante, car elle va avoir un impact sur la manière d'envisager la collaboration en entreprise.


« Les internautes commentent sur les blogs, postent des photos sur FlickR, des vidéos sur YouTube, construisent Wikipédia... Le web 2.0 donne la possibilité à tous de participer à la production du contenu, c'est donc facile de faire du participatif. »


Oui, mais la participation n'est pas au rendez-vous... :

« On ne répètera jamais assez que la participation active est le fait d'une minorité. On ne génère pas de la participation en claquant des doigts (ni de l'audience d'ailleurs). A relire : ce tableau de McKinsey qui montre la proportion d'internautes actifs dans les grandes plates-formes web2 (Wikipédia, YouTube, FlickR, Felicious...) ainsi que l'étude de Rue89 sur la participation de son lectorat.


« On y voit très clairement que "the many benefit from the few" : sur FlickR, 2% des utilisateurs génèrent 95% du contenu ; sur YouTube, 6% génèrent 95% ; etc. » Pour Wikipédia, ce sont 2% des utilisateurs qui génèrent 60% des contributions. 


Quelle leçon en tirer pour nos entreprises ?

J'y reviendrai plus en détail dans un prochain billet.

 

4.    « Avec Internet, chacun peut devenir journaliste. C'est le journalisme citoyen. »
Je passe également sur ce point, car il est aussi hors du périmètre de mes préoccupations.

5.    « Les blogs influents. »

Ici, François Guillot appuie sur un point sensible : en tant que blogueur, on croit tous (ou au moins, on espère...) avoir une influence... : « Des 10 mythes, c'est sans doute le plus durable, car le moins faux. On en a parlé, reparlé, on a discuté, disserté, analysé... Il existe plusieurs formes d'influence des blogs, de la capacité de nuisance à la capacité de rectification, les search, les scoops, les communautés ou l'influence auprès de leaders d'opinion comme des journalistes... Mais écrire un blog, ça ne veut pas dire avoir un public ; ni être audible ; ni être écouté. Bref, prendre la parole, ce n'est pas prendre le pouvoir. Et on a certainement tendance à exagérer l'influence réelle de beaucoup de blogs qui fonctionnent dans l'entre-soi. »

Par exemple, les blogs des partisans de l'entreprise 2.0 (peut être une vingtaine actifs en France, et il y en a de plus en plus d'inactifs) tournent en vase clos. Cette notion d'entreprise 2.0 est parfaitement inconnue dans nos entreprises, même si de temps en temps, un article de la presse économique ou professionnelle en parle...

Quant à mon blog, je ne me fais pas d'illusions...

6. « L'UGC prend le pas sur les contenus professionnels. »

Je passe également sur ce point, car il est aussi hors du périmètre de mes préoccupations.

7. « Le marketing viral, ça cartonne. »

Idem

8. « L'audience des médias traditionnels se dégrade. »

Alors qu'on pense tous qu'Internet va révolutionner les médias, François Guillot précise : « Pour la presse écrite, c'est très clair : baisse constante de la diffusion de la presse depuis 2000. ». Hélas, oui, et ce n'est pas le plan de sauvetage de 600 millions d'€ qui va y changer quelque chose...

Mais il ajoute : « pour la radio et la télévision, c'est moins évident. Le temps passé devant la télévision a même progressé d'une minute au dernier pointage : 3h28 par personne en octobre 2008. Aux Etats-Unis, la TV est à son plus haut historique. » Ah, la bonne vieille télé qui fait de la résistance...

9. « La confiance dans les médias traditionnels se dégrade. »

« Pas en France en tout cas. Malgré les discours ambiants, malgré les affaires, la question de l'indépendance, les relations entre actionnaires et groupes médias, entre le pouvoir et les patrons de rédaction...

« Non pas que la confiance dans les médias traditionnel soit élevée. Mais depuis 2000, les études ne montrent pas qu'elle a fondamentalement évolué : un peu moins bien par ci, un peu mieux par là...

Effectivement, Internet n'est pas une garantie de fiabilité de l'information plus grande que pour les médias classiques. Elle est tout simplement plus rapide.

10. « Obama a construit sa victoire sur le réseau de petits donateurs. »

« On l'a vu un peu partout : Obama aurait amassé plus d'argent via ses petits donateurs que via les gros donateurs. Un véritable effet longue traîne avec un bénéfice important : une moindre dépendance aux lobbies, grâce à des dizaines de milliers de petits donateurs ayant mis la main à la poche dans la mesure de leurs moyens (petit donateur = moins de 200 $).

« Le problème, c'est que c'est faux, révèle le Campaign Finance Institute, un organisme indépendant. Les petits donateurs n'auraient représenté que 26% des finances d'Obama... soit approximativement la même proportion que les petits donateurs de Bush en 2004. La confusion vient du fait que beaucoup de donateurs ont fait plusieurs petits dons. Si je donne 6 fois 50 $, je fais 6 fois un petit don, mais à l'arrivée, je ne suis plus un « petit » donateur, ayant dépassé les 200$. »

C'est comme cela que naissent les légendes...

 

J'en aurais bien ajouté un onzième :
11. « Tout est dans le réseau social »

Cette suprématie venant de la confusion entre le social et le communautaire a été dénoncée par Fred Cavazza il y a quelques semaines dans un billet éclairant : « Ne confondez plus communautaire et social ».


J'en ai rendu compte à ce moment-là :

« Pour Fred Cavazza, alors qu'il y a quelques années on parlait de communautaire, depuis l'apparition des Facebook ou Myspace, « on ne parle plus que de "social" : réseaux sociaux, plateformes sociales, social software... il y a du social à tous les étages. » C'est vrai aussi bien dans le web public qu'au sein des entreprises.


« Une foutaise que Fred Cavazza se fait un plaisir de dénoncer... Car le communautaire n'a pas disparu. Il subsiste au travers des forums qui selon lui sont toujours aussi actifs.


« Il fait donc une « grosse différence entre les plateformes communautaires et les plateformes sociales ».


« Il explique : d'un côté, il y a « des plateformes sociales comme 
Facebook, FlickR et  Twitter où les membres publient du contenu dans une dynamique passive : ils s'expriment mais n'attendent pas nécessairement de réaction. La dynamique sociale sur ces plateformes repose avant tout sur le besoin d'appartenance ("moi aussi j'ai un profil Facebook") et l'ego ("ma vie intéresse forcément les autres") des membres qui sont motivés par la visibilité et les rencontres (personnelles ou professionnelles). Il n'y a pas réellement de dialogue au sein de ces plateformes, juste des micros discussions entre visiteurs de passage. »


« De l'autre, « des plateformes communautaires comme les forums où les membres engagent des conversations
: ils posent des questions, débattent, se chamaillent et témoignent. La dynamique communautaire repose avant tout sur l'empathie ("je cherche des personnes ayant eu la même expérience que moi") des membres qui cherchent à partager une passion ou un vécu (cf. les gigantesques forums pour passionnés d'automobile, de produits high tech ou pour les femmes enceintes). Le dialogue est donc l'ingrédient essentiel des communautés. » »

Publié dans Entreprise 2.0

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emmanuel bruant 08/03/2009 23:20

Donc,selon toute vraisemblance, vous savez mieux que moi ce que je pense Balèze. On peut donc être blogueur et extralucide ;-) Au plaisir de lire la suite en tout cas

Bernard Sady 10/03/2009 23:26


Je n'ai pas la prétention de "savoir mieux" que vous ce que vous pensez. Je me contente de lire simplement ce que vous écrivez. Normalement, cela doit refléter votre pensée...
J'avais donc compris que vous souhaitiez associer communautaire et social (c'est du moins ce que vous écrivez). Alors que dans mon billet, j'opposais ces deux notions, préférant la communauté au
réseau. D'où la précision apportée.
Si ce n'est pas votre pensée, pouvez-vous la préciser?


Emmanuel Bruant 27/02/2009 14:49

Effectivement, le onzième point est super-important. tout le monde a intérêt à mélanger le communautaire et le social, car cela permet d'associer les qualités de l'un à l'autre. J'ai hâte de connaître votre vision du point 3 pour les entreprises

Bernard Sady 08/03/2009 22:49


Je ne suis pas sûr que vous ayez bien compris mon onzième point... A mon sens (en suivant Fred Cavazza), il y a opposition entre social et communautaire. Je ne suis pas sûr qu'il y ait beaucoup de
qualités au social. Ce dernier reste superficiel, alors que dans le communautaire, il y a de véritables échanges entre personnes passionnées par un même thème.

Promis, je reviendrai bientôt sur le participatif dans les entreprises...