Internet nous rend-il stupide ? (2)

Publié le par Bernard Sady

Après un premier billet commentant l’article de Nicolas Carr « Is Google making us stupid ? » traduit par Framablog, je commente le très intéressant dossier publié sur ce même sujet par Valeurs Actuelles cet été.


 

Fabrice Madouas, auteur de l’article, précise que Nicolas Carr n’est pas le seul à porter des critiques virulentes sur Internet et « le vide sidéral des “réseaux sociaux” comme Facebook ou MySpace ». Ou bien sur cette « machine à abrutir, le vide des informations complétant la stupidité des divertissements ». De nombreuses autres personnalités ont porté des jugements sévères sur cet outil. En particulier le philosophe Alain Finkielkraut, Philippe Muray, l’écrivain Pierre Jourde, le journaliste Andrew Keen…


Venons-en au contenu de cet article.


Un point qui me semble important et sur lequel je n’avais pas encore percuté, c’est que « les internautes eux-mêmes n’utilisent pas ce réseau comme l’avaient prévu les “experts”.

« Internaute. Le mot, construit avec le suffixe “naute” (“marin”, en grec), dit bien ce qu’il veut dire ; l’internaute est celui qui navigue sur le réseau. “Les inventeurs d’Internet l’avaient conçu comme un outil, les gens l’occupent comme un espace”, résume le sociologue Stéphane Hugon. Un exemple ? Les chats, c’est-à-dire les conversations en ligne ont connu un succès phénoménal. Or, la banalité des échanges et la pauvreté du vocabulaire sont telles qu’il faut se rendre à l’évidence : ce n’est pas ce que l’on dit qui compte, c’est le fait de pouvoir le dire. »

Et il précise : « Les Québécois le soulignent avec malice : ils ne disent pas “chatter” mais “babiller”. Or, babiller, c’est “parler beaucoup et à propos de rien”, rappelle le Larousse, et le babil, mot créé par onomatopée, est un « bavardage continu, enfantin ou futile” […] L’important n’est pas d’être “tous ensemble”, comme le clamaient par exemple les manifestants de 1995, unis contre les projets du gouvernement Juppé, mais d’être “ensemble, c’est tout”, comme l’écrit Anna Gavalda dans un best-seller qui connut aussi un beau succès au cinéma. Quitte à brasser du vide. “L’ultraconnectivité est un symbole de pauvreté”, a même osé dire un autre oracle du Web, le journaliste Bruce Sterling.»

 


Voici une pierre jetée dans le jardin des partisans du web 2.0 : « Selon le britannique Andrew Keen, qui a commencé sa carrière dans la Silicon valley en laçant l’un des premiers sites musicaux d’Internet, “la révolution du Web 2.0 [le web participatif] favorise les observations superficielles au détriment de l’analyse en profondeur, les opinions à l’emporte-pièce au détriment du jugement réfléchi.” C’est ce qu’il écrit dans un livre qui a fait grand bruit aux Etats-Unis parce qu’il dénonce “l’ignorance et la tyrannie des foules”. »



Et voici qui nous rapprochera de ce que dit Elisabeth Nuyts :

« C’est qu’Internet ressemble moins à la bibliothèque universelle que les universitaires rêvaient d’édifier qu’à une banque de données informe et gigantesque, où l’on vient picorer des bribes d’information – le paradoxe étant qu’il suffit d’un peu de méthode pour avoir l’illusion de maîtriser tout le savoir du monde. Mais inventorier n’est pas inventer ni connaître et l’internaute ressemble parfois à ce personnage que Jules Verne met en scène dans Vingt mille lieues sous les mers : Conseil, un domestique devenu spécialiste de la classification des poissons en fréquentant les savants du Muséum d’histoire naturelle, mais qui ne sait pas en reconnaître un seul dans la nature. »



Et en fin d’article, notre auteur aborde la question de la modification de notre cerveau due à Internet. « La question a été posée à Yves Caseau, normalien et vice-président de Bouygues Telecom-Innovation & services, lors de l’université d’été du MIP. Selon lui, Google favorise la consommation d’informations fractionnées qui jouent le rôle de “stimuli permanents”, au détriment d’une recherche en profondeur, ordonnée et finalisée. Ce qui pousse à la superficialité. Le second point concerne la façon dont on apprend à lire. “L’acquisition de la lecture est un processus fascinant et complexe, qui modifie littéralement le cerveau, dit Yves Caseau. Nous construisons un outil adapté au mode de lecture que nous pratiquons et il détermine notre façon de penser.” Or, Nicholas Carr remarque justement qu’il lui devient difficile de se concentrer sur la lecture d’un roman ou d’un essai, c’est-à-dire d’un texte dépassant quelques pages.


« “La connaissance n’est pas l’information, ajoute Yves Caseau. Elle est irrémédiablement liée au temps, elle requiert de l’expérience”, qu’une pratique assidue d’Internet et des mondes virtuels ne permettra jamais d’acquérir. Professeur au MIP, Aubry Pierens l’a aussi rappelé pendant ce débat : l’expertise ne peut remplacer l’expérience, et l’on perdrait en humanité si la méthode se substituait tout à fait à l’intuition. “L’accès au monde se fait par les cinq sens” plus qu’à travers l’écran et l’on gagnerait beaucoup à n’être pas connecté sans arrêt. »



Ayant pratiquement terminé ce deuxième billet, je découvre un article des Echos du 7 septembre dernier, expliquant que « Facebook rendrait plus intelligent »…


Julien Pompey, auteur de l’article, explique : « Les réseaux sociaux auraient un effet plus ou moins bénéfique sur nos facultés intellectuelles, selon le Dr Tracy Alloway, psychologue et directrice du département langage et de la mémoire de l'université de Stirling, en Ecosse. Ainsi, selon cette spécialiste, qui vient de publier une étude sur le développement de la mémoire et son importance dans la prévention de la démence, Facebook et Twitter auraient un effet opposé sur le cerveau. Le numéro un des réseaux améliorerait les capacités intellectuelles de ses membres, à l'inverse du site de micro-blog. »

J’aime bien le conditionnel et le “plus ou moins”… J’ai essayé d’en savoir plus sur cette étude et sur son auteur. Et au final, il s'avère qu'il y a une différence importante entre la réalité et ce qui est écrit dans cet article et dans les innombrables billets publiés sur le Web reprenant cette (fausse) information… J’en parlerai dans un prochain billet.

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