Le manager et les insultes...

Publié le par Bernard Sady

Les insultes sont une pratique assez courante chez les hommes (et femmes) politiques. Il y a même des livres qui leur sont consacrés...

Mais c'est, hélas, aussi une pratique qu'on rencontre dans les entreprises.

Robert Sutton, dans son livre « Objectif Zéro-sale-con » en donne des exemples impressionnants :

« Al Dunlap, baptisé Chainsaw (la tronçonneuse), en est un exemple (de sale con certifié). Ancien PDG de Sunbeam (produits électroménagers), Dunlap était célèbre pour la violence verbale dont il accablait ses salariés. Dans la biographie de John Byrne, un cadre de Sunbeam décrivait Dunlap comme "un chien qui vous aboyait dessus pendant des heures [...] Il hurlait, tempêtait. Il était méprisant, agressif et irrespectueux."

« Le producteur de cinéma Scott Rudin en est un autre exemple. Le Wall Street Journal a estimé à 250 le nombre d'assistants qu'il a renvoyés entre 2000 et 2005 ; Rudin affirme qu'il n'y en a eu que 119 (mais reconnaît ne pas avoir tenu compte de ceux qui avaient tenu moins de deux semaines). L'un d'eux a déclaré au journal que Rudin ne savait que gueuler et leur hurler dessus ; un autre qu'il avait été viré pour avoir apporté à Rudin un croissant à la place d'une brioche pour son petit-déjeuner - ce dont l'intéressé n'avait pas souvenir mais qu'il reconnaissait comme "tout à fait possible". Le magazine en ligne Salon cite une ancienne assistante, que Rudin appela un jour à 6h30 du matin pour lui demander de lui rappeler d'envoyer des fleurs à Angelica Huston pour son anniversaire. A 11 heures, le même jour, Rudin la fit venir dans son bureau et l'agonit d'insultes : "Espèce de connasse, vous avez oublié de me rappeler d'envoyer des fleurs à Angelica Huston !" Et l'assistante ajoute qu'au moment de disparaître derrière les portes automatiques qui se refermaient, il fit vers elle le geste d'une chiquenaude.

« Selon le New York Times, Linda Wachner, ancienne PDG de la société de prêt-à-porter Warnaco, humiliait publiquement les personnes qui n'avaient pas atteint les objectifs de performance ou qui lui avaient simplement "déplu". » (Pages 11 - 12).

Ces quelques exemples sont peut être extrêmes, mais un manager qui insulte un de ses collaborateurs n'est pas si rare.

 

Insulter n'est pas normal dans la vie courante. Mais profiter de son rang hiérarchique pour insulter ses collaborateurs est tout simplement odieux et inadmissible. Même sous forme de blague, les insultes ne sont pas acceptables.

 

Qu'est-ce qui pousse un manager à insulter un de ses collaborateurs ?

Il y a de nombreuses causes, certaines ponctuelles (pression, stress, énervement, problèmes personnels...) et d'autres permanentes (mépris des inférieurs, sentiment de supériorité, volonté de réussir en écrasant les autres...).

La colère est un facteur aggravant...

Dans tous ces cas, les moindres prétextes font fuser les insultes : la moindre petite erreur, le moindre retard, le moindre désaccord...

 

Peut-on faire un reproche à un collaborateur sans l'insulter ?

Tout d'abord, il est nécessaire (et c'est un des rôles du manager) de dire ce qui ne va pas, et donc de faire des reproches à ses collaborateurs.

Mais cela doit se faire sans insultes, car les insultes sont, en plus d'être dégradantes, contre productives.

Car, sauf à « défouler » le manager (il y a d'autre moyens de se défouler que de passer sa fureur sur ses collaborateurs : le sport par exemple), elles n'ont que des répercussions négatives sur le collaborateur. La fois suivante, le collaborateur, soit ne prendra pas d'initiative, soit tentera de cacher son erreur ou de la récupérer tout seul au risque d'augmenter les dégâts.

 

Comment faire un reproche à un collaborateur ?

Un reproche se fait en étant factuel, ferme, en exprimant son mécontentement et se termine par une note positive avec comme objectif que l'objet du reproche ne se reproduise plus.

Si on se réfère à l'Analyse Transactionnelle, la relation lors d'un entretien de reproche doit être "d'adulte" à "adulte" et non de "parent normatif" à "enfant adapté soumis (ou rebelle)".

Il m'est arrivé plusieurs fois de mettre des avertissements à certains de mes collaborateurs les plus proches, car ils n'avaient pas respecté des consignes de sécurité. C'était pour marquer le dépassement de la "ligne rouge". Cela ne m'a pas empêché de les promouvoir plus tard car, par ailleurs, ils étaient d'excellents professionnels et avaient corrigé leur erreur.

 

Peut-on se mettre en colère ?

Un manager se doit de toujours conserver son sang froid. Il y a une mode actuelle qui préconise de manager avec les émotions et les sentiments. On parle même de quotient émotionnel... Il faut bien sûr ne pas négliger les sentiments ou les émotions dans le management, mais si la joie ou la tristesse peuvent s'exprimer, la colère ou la peur ne doivent pas transparaître.

La colère nous fait dire des choses qu'on regrettera ensuite et surtout montre un défaut de contrôle de soi.

C'est un point à retenir : un manager ne se met jamais en colère.

 

Si vous êtes victime d'un chef qui vous insulte, il n'y a que deux solutions comme je l'ai expliqué dans mon article sur le livre de Sutton "Objectif Zéro-sale-con" :

  • - La fuite: allez voir ailleurs et c'est le moment d'en profiter, le marché de l'emploi est favorable aux salariés.
  • - La «trousse de survie» préconisée par Sutton, si vous ne pouvez changer d'emploi ou en attendant un futur emploi.

 

Publié dans Relations humaines

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