Situation économique : bonnes ou mauvaises nouvelles ?

Publié le par Bernard Sady

Un jeune lecteur m'a envoyé ce matin un mail en me demandant ce que je pensais de l'article qu'il m'envoyait. Ce dernier a été écrit par JD Haddad sur le site Francebourse.com en date du 20 novembre 2008. Le commentaire de mon lecteur : cet article est optimiste et n'a peut-être pas tort sur tout...

Je lui ai promis une réponse pour ce soir sur mon blog. La voici.

 

Le titre de l'article de JD Haddad pose une bonne question : « Retour en enfer ? ».

Le constat est celui que tout le monde est bien obligé de faire : « Le marché baisse à nouveau, il s'affaisse, sans vrais volumes [encore ce soir...]. Le Dow Jones a clôturé sous les 8000 points pour la première fois depuis longtemps, et le nasdaq se rapproche de ses points bas de 2003. Le CAC 40 pour sa part va re-tester les 2950 points, pour la 3eme fois cette année [c'est fait, dans la journée, il est descendu sous 2910 points pour terminer à 2980 points ce soir...].
On avait cru à un sursaut en début de mois. Hélas, aux Etats-Unis tout est bloqué tant que Obama n'arrive pas au pouvoir. On a bien pu le voir avec la réunion du G20, qui n'a été qu'échange de mondanités.
Encore 2 mois à patienter avant que l'espoir revienne. Mais en 2 mois, il peut s'en passer des choses...
Aujourd'hui nul ne peut jurer que le CAC n'ira pas à 2400 points, son plus bas de 2003. »

 

Cependant, pour JD Haddad « les nouvelles sont bonnes, et même parfois très bonnes ». Ah bon ?

En effet, « on a appris récemment que :
-il n'y a plus d'inflation, ni en Europe ni ailleurs. Cela envoie aux oubliettes les craintes de stagflation qui envahissaient l'esprit des investisseurs il y a encore 2 mois
-les entreprises du CAC 40 allaient avoir un CA 2008 en hausse de plus de 6%
-ces mêmes entreprises du CAC allaient avoir des bénéfices positifs et en forte croissance en 2008. Sur 40 sociétés, 39 seront dans le vert!!! Un exploit! »

Effectivement, si on en reste à ce premier constat, la situation s'est complètement inversée et cela semble aller beaucoup mieux : « le contexte économique est particulièrement bon. Les taux d'intérêt baissent, l'inflation aussi, le pétrole baisse, le dollar monte, les résultats sont là... »

Et pourtant, « les marchés sont plombés! »

Comment expliquer cette contradiction ? « Une fois de plus les gens paniquent en pensant que demain sera noir, que la petite récession qui s'annonce sera comparable à la crise de 29... alors que rien ne va dans le mauvais sens. Bref, nous restons sur une crise mineure, bien prise en mains par tous les gouvernements, mais que le marché perçoit comme une crise majeure... Là est le hic. Nous sommes exactement dans le même schéma qu'en 2000, lorsque le marché montait, en étant déconnecté de toute réalité. Sauf que là c'est l'inverse. Lorsque le rebond aura lieu il sera brutal... Faut-il attendre 2009 pour cela? Peut-être... Dans ce cas, on n'a plus longtemps à attendre... »

 

Effectivement, cet article de JD Haddad est très optimiste.

Sa conclusion : « Allez courage! Les marchés n'ont pas plus de raison de baisser qu'ils n'avaient de raison de monter début 2000. Et pourtant ils montaient, jusqu'au jour où... » Il prévoit donc une remontée des marchés à court ou moyen terme (début 2009), même s'ils continuent de baisser actuellement (CAC jusque 2400 points...).

 

En lisant cet article ce matin, je n'ai pas du tout été perturbé dans mes convictions profondes : nous allons vers une forte récession, voire une dépression qui va durer au minimum un an, si ce n'est dix (assez peu probable, mais pas impossible) comme dans les années 1930.

 

Ce ne sont pas les nombreux articles et nombreuses études de ce jour ou de ces derniers jours parus dans la presse économique qui me feront changer d'avis.

 

En fait, les signes positifs que décèle JD Haddad se retournent pour avoir un effet complètement inverse, avec une brutalité sans précédent. Le balancier va beaucoup trop loin...

Ainsi l'absence d'inflation se transforme en déflation qui est au moins aussi terrible qu'une stagflation, mais qui est beaucoup plus difficile à gérer, comme l'explique Jean-Marc Vittori dans l'article « Alerte à la déflation » paru dans les "Echos" du 20 novembre 2008 : « Bien sûr, une baisse des prix ne suffit pas à sonner le tocsin de la déflation. Mais la baisse de 1 % des prix américains à la consommation en octobre, la plus forte jamais constatée en soixante ans de relevés, est une pièce de plus dans le puzzle de la déflation qui s'assemble depuis plusieurs mois déjà. Les cours des actions ont chuté de près de moitié depuis le début de l'année, à Paris et sur la plupart des grandes places boursières. Les prix de l'immobilier, qui ont perdu 17 % en un an aux Etats-Unis, chutent en Europe. La baisse gagne les produits courants. Le cours du pétrole a été divisé par trois en cinq mois. Les prix à la production reculent. Il n'y a pas ici seulement l'impact d'un retournement brutal des matières premières après un cycle de hausses lui aussi violent. Il y a aussi la mécanique de la déflation, celle-là même décrite par l'économiste Irving Fisher dans un célèbre article de 1933, et subie par le Japon dans les années 1990. C'est l'apurement des dettes qui fait baisser les prix. Les acteurs trop endettés liquident des actifs à bas prix. Le crédit se raréfie et l'argent manque dans les trésoreries, comme on le voit dans nombre de PME. Pour rentrer de l'argent, les entreprises cassent les prix. On en est à ce point. Si la mécanique n'est pas cassée, la suite est connue : faillites en cascade, licenciements massifs, recul de la production. Et la baisse des prix accroît le fardeau de la dette, qui, elle, coûte toujours aussi cher. Cette spirale déflationniste menace désormais clairement le monde. »

 

 

Le dossier présenté par Eric de Legge dans le "Journal du Net" en date du 19/11/2008 pose la question : « L'économie mondiale risque-t-elle une déflation ? ». La réponse est hélas, également positive.

La solution à cette déflation serait une relance budgétaire comme le suggère Hélène REY dans l'article « L'inévitable relance budgétaire » paru dans "Les Echos" du 20 novembre 2008. Mais elle explique que « le risque de stagnation rend la relance budgétaire indispensable partout, mais elle menace le crédit des Etats. »

La conclusion de l'article : « La situation est donc délicate. D'un côté, la politique budgétaire est le seul levier macroéconomique qui nous reste, la politique monétaire étant largement neutralisée. D'un autre côté, il est indésirable et problématique d'augmenter le niveau d'endettement des pays de façon trop importante. Déjà, la situation financière de certains pays est dangereusement fragilisée par les dettes implicites qu'ils ont contractées en se portant garants du système bancaire national. L'Islande a fait faillite car la capacité fiscale de ce petit pays de 300.000 habitants n'a pu supporter les énormes dettes de ses banques. La dette publique des Etats-Unis et des pays européens dépendra de la taille des expansions fiscales décidées par les gouvernements et du niveau des taux d'intérêt réels qui l'alourdiront. Mais elle dépendra aussi des gains ou pertes que les Etats réaliseront lorsqu'ils revendront, dans quelques années, les participations qu'ils ont achetées dans les banques en difficulté. Dans le cas de l'implosion du système bancaire suédois de 1992 et du système bancaire japonais de 1990, le coût budgétaire final du sauvetage du système financier s'est trouvé très amoindri par les gains réalisés lors de la revente par l'Etat des actions qu'il détenait dans les banques recapitalisées, une fois la situation stabilisée. Il ne reste plus qu'à espérer qu'il en sera de même cette fois-ci. » Rien de moins sûr...

 

 

Quant aux résultats des entreprises du CAC40, si elles sont bonnes, c'est essentiellement grâce à la première partie de l'année 2008.

Car les nouvelles de l'industrie ne sont pas bonnes : Denis Cosnard explique dans l'article « La France industrielle met ses grands sites en veilleuse face à la chute de la demande » paru dans "Les Echos" du 20 novembre 2008 que « l'usine Renault de Flins ferme aujourd'hui pour quinze jours. Celle de PSA Peugeot Citroën à Sochaux va s'arrêter pendant un mois. Chez ArcelorMittal, Michelin, Yara, Rhodia, etc., de nombreux sites vont tourner au ralenti, face à la chute des ventes. Une situation jamais vue à cette échelle. Elle risque d'accélérer la désindustrialisation de la France. »

 

Et JD Haddad passe sous silence des signes très inquiétants qu'Eric de Legge et Fabien Renou appellent « ces bombes à retardement qui menacent l'économie mondiale » dans le "Journal du Net" du 20 novembre 2008 : « La crise financière a mis à mal l'économie mondiale. Les ménages ont le moral en berne, les industriels en appellent aux pouvoirs publics et la croissance ralentit. Mais après l'éclatement de la bulle immobilière américaine et l'effondrement des marchés qui s'en est suivi, d'autres menaces pèsent encore sur l'économie mondiale. Des hedge funds à l'immobilier commercial, de la consommation qui chute aux finances publiques qui s'enfoncent, de nouvelles bombes menacent d'éclater. » Sans oublier le chômage qui progresse dans tous les pays, la crise du crédit qui menace toutes les entreprises, les défauts de paiement sur les cartes de crédit qui menacent les organismes de prêt aussi bien aux USA qu'en France, la baisse des investissements, les annulations de commandes dans l'industrie, etc...

 

Il est certain que l'économie repartira et que les bourses remonteront. Mais quand, avec quels dégâts, avec quelles conséquences et à quel prix ? Bien malin celui qui peut annoncer une date avec certitude et prévoir les conséquences. Cette crise sera terrible pour les plus pauvres et ceux qui vont se retrouver au chômage. Pour les autres, dans nos pays occidentaux, il semble que ce ne devrait pas être trop douloureux... à condition, bien sûr de conserver son emploi ou son entreprise.

Il faut donc être réaliste et il ne sert à rien de perdre son sang froid. Par contre, il est préférable de faire le dos rond et d'être plus que jamais prudent dans les décisions d'investissement ou de changements importants.

Publié dans Economie

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