Situation économique à la veille du G20 de Pittsburg

Publié le par Bernard Sady

Après avoir fait le point de la situation économique début septembre, il se confirme en cette veille du G20 de Pittsburg que la reprise n’est qu’une “reprisette”…

 


Un premier article de Jean-Marc Vittori dans Les Echos du 21 septembre affirme même que « Ceci n’est pas une reprise ».

 

Il explique : « Aujourd'hui, c'est Magritte qui nous donne la clef de l'économie mondiale. Non par son oeuvre surréaliste, mais par l'un de ses tableaux les plus célèbres. Il représente une pipe, commentée d'une phrase au-dessous : “Ceci n'est pas une pipe”. A un mot près, la citation pourrait légender n'importe quel graphique récent montrant les cours de Bourse, le moral des industriels ou les ventes d'automobiles : “Ceci n'est pas une reprise”. Et pas seulement parce que la courbe n'est qu'une image de la réalité. »


Cependant, il reconnaît que « bien sûr, les affaires vont mieux, sans la moindre contestation possible. Financièrement, la crise qui était devenue aiguë à l'automne dernier s'éloigne. L'indice CAC approche la barre devenue mythique des 4.000, le risque n'est plus banni et les traders londoniens recommencent à bavasser bonus. Techniquement, la récession est finie depuis le printemps en France, en Allemagne, au Japon - dans ces pays, le PIB a augmenté au cours du deuxième trimestre. Elle est aussi sans doute terminée aux Etats-Unis. La production continue à reculer seulement dans les pays les plus meurtris, comme l'Espagne, la Russie, la Lituanie et l'Islande. Economiquement, la chute brutale de l'activité est derrière nous. Socialement, ce n'est évidemment pas joyeux. Mais la montée du chômage devrait ralentir. A en croire les chiffres de l'OCDE, les destructions d'emplois dans les pays développés devraient passer de 800.000 par mois, le rythme observé depuis la mi-2007, à 500.000 par mois d'ici à fin 2010. »


Et même « pour les prochains mois, les perspectives sont plutôt encourageantes. En Asie, en Amérique latine, les affaires tournent déjà mieux. Hélas pour nous, la croissance y est “autocentrée” et ne se traduit donc pas par des achats massifs au reste du monde. Dans les pays industrialisés depuis longtemps, deux moteurs vont toutefois tirer l'activité dans les prochains mois. D'abord, les entreprises vont reconstituer leurs stocks après avoir vidé leurs entrepôts comme jamais en début d'année. Le mouvement est à peine amorcé. Ensuite les plans de relance mettent du temps à faire sentir leurs effets - surtout quand on veut agir sur l'investissement public, qui exige toute une kyrielle d'autorisations et de paperasseries pour avancer. »


Mais il n’en démort pas : « Et pourtant, ceci n'est pas une reprise. Car la reprise est un retour de la croissance autoentretenue, qui ramène vite vers les niveaux d'avant-crise. Or actuellement, le retour de la croissance dans les pays occidentaux est surtout… entretenue par l'auto. » En effet, « la prime à la casse, lancée par la France et copiée par une vingtaine de pays, y compris les Etats-Unis et l'Allemagne, est d'une formidable efficacité. L'effet est loin d'être marginal. Selon les calculs du “docteur” (il travaille en Allemagne) Sylvain Broyer et de Costa Brunner, économistes chez Natixis, l'automobile explique la moitié du rebond de l'activité industrielle observé en France et la totalité en Allemagne ! Mais si la prime à la casse incite les consommateurs à acheter leurs voitures plus tôt que prévu (ce qui est bienvenu quand l'industrie connaît un effondrement brutal), elle ne les incite pas à en acheter davantage. Comme on l'avait déjà vu avec la balladurette et la juppette, les achats d'automobiles vont donc fatalement faiblir ensuite. »


Se pose alors la question : « Qui prendra alors le relais ? Certainement pas le consommateur avec d'autres dépenses. Il s'inquiète trop de la montée du chômage, qui va amputer le pouvoir d'achat. Et il a plein d'argent à rembourser. Dans les pays occidentaux, à l'exception du Japon et de l'Allemagne, l'endettement des particuliers a augmenté de moitié en moins de dix ans. Cette ascension sans précédent n'était pas tenable. L'arrêt de la montée des emprunts va fatalement peser durablement sur la consommation.

« Dans ces conditions, les entreprises ne vont pas se mettre à s'équiper massivement. Le “multiplicateur de l'investissement”, qui signe toute reprise, ne joue pas. D'abord parce que les débouchés n'ont rien d'enthousiasmants. Ensuite parce que les machines ne tournent pas beaucoup. Aux Etats-Unis, les industriels pourraient produire moitié plus avec leurs équipements actuels, alors que la moyenne de long terme est d'un quart ! Enfin, il y a, là aussi, beaucoup de dettes dans les bilans. Et les banquiers ne se précipitent pas pour prêter de l'argent, malgré leurs bonnes paroles.

« Après une chute de l'activité d'une brutalité inédite, il n'y aura donc pas de rebond symétrique. La courbe de l'activité ne tracera pas le “V” espéré, pas plus que le “U” souhaité ou le “L” redouté. Si elle parvient à éviter le “W” dans les pays développés, elle pourrait bien prendre, au-delà des inévitables oscillations, la forme de… la pipe de Magritte. Le plateau du fourneau en 2006-2008, une chute brutale suivie d'une remontée très lente avant de revenir au niveau antérieur. Mais rien n'est sûr. Le tableau à la pipe de Magritte est titré… “La trahison des images” ».

 


J’ai longuement cité cet éditorial de Jean-Marc Vittori, car tout le monde parle de reprise, alors qu’il ne s’agit que d’un arrêt de la récession, du aux sommes colossales mise dans le circuit économique par les gouvernements. Que va-t-il se passer lorsque ces aides n’existeront plus ou que les Etats ne pourront plus financer ? Car la crise de la dette des Etats pourrait prendre la place de la crise financière, comme l’explique Kenneth Rogoff dans un article des Echos du 21 septembre (“De la crise financière à la crise de la dette”)

 

Il explique : « Lorsqu'un peu partout dans le monde la dette publique atteint de tels niveaux, c'est-à-dire des niveaux qui en principe ne se constatent qu'en périodes d'après-guerre, il devient évident que la stratégie actuelle n'est pas viable à long terme. […]Pour l'instant, la bonne nouvelle, c'est que la crise sera contenue tant que les lignes des crédits publics seront maintenues. La mauvaise nouvelle, c'est que la vitesse à laquelle enfle la dette pourrait bien entraîner une seconde vague de crises financières d'ici à quelques années. Mais l'énorme dépendance des Etats-Unis pour le financement de sa dette à l'égard de l'étranger, surtout de la Chine, est encore plus inquiétante. […]La question aujourd'hui n'est pas tant de savoir qui tire la sonnette d'alarme pour éviter la prochaine crise, mais plutôt de savoir si les responsables politiques l'ont entendue. L'explosion insupportable du niveau des déficits publics est une question clef sur laquelle les responsables du G20 devront plancher lorsqu'ils se réuniront à Pittsburgh. »

 


Mais il ne faut rien attendre du sommet de Pittsburgh. Il aura le même résultat que celui de Londres.

La raison en est différente.


Et c’est Jean-Marc Vittori qui l’explique dans un éditorial des Echos du 22 septembre (« L’ère des lobbys ») : « Le sommet de Pittsburgh n'a pas encore eu lieu, mais Wall Street a déjà gagné. Rien ne va vraiment changer. Il n'y aura pas de plafond aux bonus. Il n'y aura pas de nouvelles instances de régulation financière. Et, surtout, les banquiers ne paieront pas le prix d'un formidable privilège accordé depuis la chute de la maison Lehman : quoi qu'il arrive, les pouvoirs publics seront là pour empêcher leur faillite. »

 

Et il en donne la raison : « Ces non-avancées ne doivent rien au hasard. Elles sont le fruit d'un intense travail de lobbying, mené d'abord par la communauté financière américaine à Washington. “Il semble que les grandes banques n'ont fait qu'accroître leur poids politique depuis que la crise a commencé”, constatait avant l'été Simon Johnson, un ancien économiste en chef du FMI, dans un article fracassant. Avec un argument simple : si vous ne nous sauvez pas ou même si vous nous mettez des bâtons dans les roues, ça va être la catastrophe. »

 

Mais pour Jean-Marc Vittori, c’est tout à fait normal que les lobbys existent : « Dans une démocratie, des intérêts particuliers ont toute légitimité à s'exprimer et à exercer des pressions. »

Et c’est en face de ces lobbys qu’est le vrai problème : « Du côté des politiques qui donnent parfois l'impression de lâcher prise. »


Et c’est ce qui est en train de se passer pour les réformes pourtant nécessaires du système financier international…


Examinons les raisons qu’il donne de ce lâchage :

« Parce qu'ils sont liés au monde des entreprises, directement ou via leurs conseillers. » Oui et pas seulement au monde de l’entreprise, mais aussi au monde de la finance. En particulier dans l’équipe d’Obama… Tim Geithner le premier… Pour mener une campagne électorale, il faut de l’argent, beaucoup d’argent. Difficile ensuite de ne pas céder aux demandes des “amis”…

« Parce qu'ils ont d'autres chats à fouetter. » Il est vrai que lorsqu’on est en campagne électorale la moitié du temps, il est difficile de s’occuper des vrais problèmes…

« Parce que l'action politique est de plus en plus compliquée tandis que la pression économique est de plus en plus forte. » Certes, mais ils ont voulu le poste…


Et Jean-Marc Vittori conclue : « C'est pourtant l'intérêt général qui est en jeu face aux intérêts particuliers. Donc le fondement de la démocratie. » Hé oui, mais les digues ont lâché et elle est bien mal en point, la démocratie …

 


Ma conclusion :

La situation économique a cessé de se dégrader et c’est tant mieux. Mais la crise est loin d’être terminée. Si certaines bombes semblent neutralisées au moins pour le moment (actifs “pourris” des banques), d’autres ont vu le jour qui sont beaucoup plus dangereuses : déficit des états, chômage de masse. Pour diminuer sérieusement les risques d’une nouvelle crise, il faudrait des réformes importantes du système financier international. Hélas, on ne peut qu’être pessimiste sur les chances d’une telle réforme et donc sur la situation économique future. Dans ces conditions, il n’est pas difficile de prédire une nouvelle déflagration mondiale pire que celle qui est en passe de se stabiliser.

 

Rappelons qu’un pessimiste, c’est un optimiste qui s’est informé

Publié dans Economie

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