Reprise ou rebond ?

Publié le par Bernard Sady

C'est la grande question qui agite actuellement le monde des économistes : les faibles signaux positifs sur le front de la crise sont-ils les prémices d'une reprise ou seulement d'un rebond ?

Oublié le G20, oublié la crise financière, nous avons touché le fond et cela va remonter "automatiquement", comme après chaque crise...

Sauf que la plupart du temps, avant de repartir réellement, il y a ce qu'on appelle un (ou plusieurs) rebond avant une nouvelle chute...



Jean-Marc Vittori a très bien expliqué ces rebonds dits "techniques" dans un article des Echos du 02 avril :


« Il y aura forcément une embellie cette année, avant même que les milliards injectés par les plans de relance exercent leurs effets bienfaisants. Sûr et certain ! Car la machine s'est arrêtée avec une brutalité sans précédent. Depuis maintenant des mois, les particuliers suppriment les dépenses qu'ils ne jugent pas indispensables. Plus question de changer une voiture qui n'a finalement jamais que six ou sept ans ! Les entreprises font la même chose avec encore plus d'acharnement. On vide les entrepôts, on garde les ordinateurs vieillissants, on retarde l'achat des fournitures jusqu'au dernier moment pour garder de l'argent en caisse aussi longtemps que possible. [...]


« Mais les entreprises finiront par ne plus rien avoir en stock. Et le vieil ordinateur explosera son disque dur. Et la chaîne de distribution de la voiture lâchera. Autrement dit, il faudra acheter de nouveau. C'est un mécanisme voisin de celui qui amène quelqu'un qui vient de subir un choc émotionnel à ne plus rien manger - jusqu'au moment où, tout simplement, il a faim.


« Là encore, l'impact est loin d'être marginal. Ce phénomène est bien connu des spécialistes, qui l'appellent "le rebond technique". Il s'est produit après chacune des descentes brutales de l'activité caractéristique de l'entrée en récession - en 1976, en 1994. » On pourrait ajouter qu'il s'est également produit début 1930. Continuons la citation de Vittori :


« Et des signes qui pourraient être interprétés comme les premiers indices du rebond technique apparaissent. Si les industriels français ont toujours l'impression que leurs stocks sont trop lourds, cette impression perd de sa vigueur depuis trois mois. La reprise de l'activité, qui devrait se produire quelque part autour de l'été, devrait être très marquée en Europe, où le nettoyage des entrepôts a été intense. Moins aux Etats-Unis, où l'ajustement a été plus limité - les stocks ont encore contribué à la croissance l'été dernier et leur impact a été neutre au dernier trimestre 2008.


« Ce moment du rebond sera crucial. Les ministres devront résister à la tentation de se ruer sur le premier micro venu pour expliquer que c'est leur géniale politique économique qui sauve le pays et le monde du désastre. Ils devront au contraire mettre à profit l'embellie pour rassurer... sans promettre la lune d'une sortie de crise. Quelles que soient les apparences, le rebond sera immanquablement suivi d'une inflexion voire d'une rechute, comme en 1995 ou en 1977. Encore une fois, l'économie mondiale n'est pas en état de repartir vigoureusement de l'avant. Il faudra à la fois du temps et bien des mesures de G20 pour réparer la machine. Pour redonner confiance, il sera vital de bien gérer une embellie certaine mais éphémère. En quelque sorte, savoir saisir la balle au rebond ! »



Quelques jours plus tard, alors que les signes positifs et négatifs se succèdent (il y a quand même de plus en plus de signes positifs), c'est Dominique Seux qui examine, toujours dans Les Echos, les scénarios de la "reprise" : « V, U, L ou W ».


« Quelques économistes veulent croire à une reprise dite en V, aussi rapide que la récession. Ils sont surtout aux Etats-Unis. D'autres, plutôt en Europe, la voient en U, lente à venir. Mais il existe aussi des plus pessimistes, qui craignent un L, avec une activité qui ne repart pas, ou un W, un nouveau plongeon après une fausse reprise. La ministre de l'Economie, Christine Lagarde, avait, elle, évoqué une « tôle ondulée », les signaux se multipliant sans direction précise. [...]


« L'accident a été si violent qu'il faudra du temps pour se relever. Il faut dire à voix haute ces chiffres pour s'en persuader. La production industrielle a chuté d'un tiers au Japon, le nombre des voitures sorties des usines françaises a dégringolé de 45,9 % en un an et les exportations allemandes de 23,1 % en février. Même si les courbes s'aplatissent ou s'inversent, le terrain perdu ne se rattrapera pas de sitôt : c'est ce que les économistes appellent l'"output gap". La conséquence est, hélas, prévisible : la déferlante du chômage va continuer à faire ses ravages. Il est utile de saluer les signes, réels, de dégel. Mais le printemps met du temps à réchauffer. »



Et c'est ce que confirme le Journal du Net dans une dépêche du 16 avril : « La récession mondiale en cours devrait être inhabituellement longue et sévère et la reprise de l'activité ne sera que très progressive parce que tout est parti d'une crise financière, déclare le Fonds monétaire international (FMI). » Et citant le FMI : « Notre analyse suggère que la combinaison d'une crise financière et d'une récession généralisée va vraisemblablement entraîner une contraction inhabituellement longue et marquée de l'activité mondiale" ».



La crise n'est certainement pas terminée comme par un coup de baguette magique. Les conditions de cette crise sont toujours en place. Les actifs "pourris" sont toujours dans les comptes des banques... Le consommateur US qui avait tiré la croissance mondiale ces dernières années à coup de crédits insensés essaie de se remettre de son expropriation et de sa perte d'emploi. Et il n'y a personne pour prendre la place. L'Irlande, ruinée, est le premier pays à se lancer dans un plan d'austérité. Il va vraisemblablement être suivi par d'autres... La Grande-Bretagne et peut être... la France...



En conclusion, je dirais qu'il faudra savoir profiter de ce rebond technique, sans se faire d'illusions sur sa durée. Ce ne sera certainement pas le moment de s'engager dans des projets et des investissements faramineux... sinon les lendemains risquent de ne pas chanter...

Publié dans Economie

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FXavier 20/04/2009 10:33

Bonjour Bernard,
http://www.jdf.com/placements/2008/11/29/04020-20081129ARTHBD00159-le-hors-bilan-peut-mettre-l-entreprise-en-peril.php
Ici un article qui parle du "hors-bilan". Comment cette pratiques est'elle possible? A quoi ça rime?

Bernard Sady 21/04/2009 21:11


L'articles est intéressant. Merci de l'avoir communiqué.
Le "hors-bilan" est une pratique parfaitement légale dont ont usé et abusé nombre de banques... Et encore, si c'était la seule pratique douteuse des banques... Il y en a hélas beaucoup d'autres...