Le But de l’entreprise : ma solution

Publié le par Bernard Sady

J'arrive au terme de ma réflexion sur le But de l’entreprise.

Dans un récent billet j’avais présenté la méthode des quatre causes d’Aristote.

 

Voici l’application à l’entreprise.

 

Lorsqu’un entrepreneur décide de créer une entreprise, il la pense, il décide du produit ou du service qui sera proposé aux clients, il prépare un business plan, il va préparer sa structure juridique, etc… C’est lui qui est la cause efficiente de cette entreprise.

 

Cette entreprise sera constituée de bâtiments, machines, outils, brevets, et salariés. Ces éléments forment la cause matérielle de l’entreprise.

 

Et cette entreprise aura un nom et un logo, elle sera une SARL ou une SA, l’entrepreneur décidera du style de management et de l’organisation. Ce sera la cause formelle de cette entreprise.

 

Voyons maintenant ce qui nous intéresse au plus haut point : la cause finale ou plutôt les causes finales.

Quand il crée son entreprise, l’entrepreneur a son ou ses objectifs.

Par exemple, un de ces objectifs pourra être de rechercher un moyen de vivre et faire vivre sa famille de manière pérenne. Il pourra être de tenter une aventure économique. Il pourra être de simplement mettre sur le marché un produit ou un service. Il pourra être d’être son propre patron. Il pourra être la valorisation sociale de l’entrepreneur. Il pourra être de faire du profit, si l’entrepreneur s’inscrit dans la ligne protestante de la finalité de la vie… On pourrait encore trouver de nombreux objectifs.

Cet objectif est la “fin de l’agent”. Cette fin est subjective, « car elle réside dans l’intention » comme disait Jolivet. C’est pour cela qu’il peut y avoir une multitude de “fins de l’agent”. En fait, chaque entrepreneur a son ou ses propres objectifs.

 

Par contre, la “fin de l’œuvre” (c’est-dire la finalité ou le but de l’entreprise) est, elle, objective. Elle est « la fin à laquelle l’œuvre est ordonnée par sa nature même ».

Une entreprise est une organisation qui fabrique et/ou commercialise des produits ou des services. C’est sa nature. Sa finalité ou son but sera donc simplement de vendre à des clients sur un marché particulier des produits ou des services qu’elle aura éventuellement produit.

 

La finalité de l’entreprise ne se confond pas toujours avec celle de l’entrepreneur. Mais elle y est subordonnée.

C’est ainsi que le chef d’entreprise modèlera son entreprise en fonction de ses objectifs propres. Si pour lui, le profit maximum est son objectif principal, il transformera son entreprise en machine à “faire du cash” quitte à presser ses employés comme des citrons et ensuite à les jeter. Et si son entreprise ne fait pas suffisamment de profit, il s’en séparera. 

Par contre, si son objectif est de créer une entreprise pérenne lui permettant de vivre, lui et sa famille, comme c’est le cas pour la plupart des entreprises familiales, il aura une gestion en “bon père de famille” et considérera ses employés comme une extension de sa famille.

 

Conclusion :

L’intérêt de la démarche par les quatre causes est d’analyser correctement le fait de l’entreprise.

Ce qui m’a semblé le plus important, c’est la distinction entre l’entrepreneur et l’entreprise. Leurs buts peuvent être différents. Et souvent, on confond ces buts. C’est comme cela qu’on est arrivé à dire que le profit était le but de l’entreprise… alors que le profit est éventuellement un des buts de l'entrepreneur.

Si vous vous souvenez du paragraphe de Jolivet sur « Cause, condition, occasion. », vous allez comprendre ce qu’est le profit pour l’entreprise (pas pour l’entrepreneur). Jolivet nous disait qu’il ne fallait pas confondre les trois notions “cause, condition, occasion”. Et il précisait : « La condition est ce qui permet à la cause de produire son effet, soit positivement, à titre d’instrument ou de moyen, – soit négativement, en écartant les obstacles. »
C’est maintenant beaucoup plus clair : un minimum de profit est la
condition pour que l’entreprise puisse continuer à produire et commercialiser les biens ou services sur son marché et qu’elle puisse continuer à se développer. De là, la recherche de l’amélioration de la performance globale de l’entreprise : qualité, service, maîtrise des coûts. 

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Jean-Michel 15/12/2009 00:31


Bonsoir Bernard,
En effet,  c'est la meilleure conclusion sur ces protestants-là, trés bon choix.



Jean-Michel 07/12/2009 13:51



Bonjour Bernard,
Merci pour le lien sur Max Weber, je connaissais Emile Durkheim, ses cours et ses livres traitaient de solidarité sociale, de suicide, et du fait moral et religieux.
Je découvre qu'il existe un autre père fondateur de la sociologie...
Et cette découverte interfère avec un autre sujet d'intérêt que je poursuis sur Internet: le phénomène sectaire, les déviances du christianisme...
La dernière en date est le fameux "Evangile de la prospérité" qui scandalise beaucoup de protestants "stricts" et Max Weber me fait découvrir que l'argument principal de cette déviance, à savoir
un enrichissement sans limites, vu comme un signe de bénédiction divine était déjà soutenu par ces grands chefs d'industrie protestants...pourtant défenseurs d'un nouveau
rationalisme appliqué à leur vie spirituelle et sociale. Une paille...


Certes ils étaient sobres et économes dans leur vie privée, bien plus que ces nouveaux Pasteurs « prospères » roulant en énormes 4x4… (Vu à la télé)


Comme quoi l’homme qui se veut rationnel et spirituel en même temps se retrouve vite pris dans un piège moral quand il se mêle au combat de construire des usines dans une société industrielle de plus en plus matérialiste.
Leur prétention à rester intégres "dans la mélée sauvage" montre ses limites.


Inutile de vous préciser ma désolation ! Surtout dans le contexte de la conférence de Copenhague.  L'histoire du capitalisme leur
doit tant !


Le ver était dans le fruit depuis longtemps. Ils se croyaient bénis et pourtant :
"Et Dieu saccagera ceux qui saccagent la terre." Apocalypse 11:18
Combien de fois ont-ils lu ce passage, sans faire le moindre lien avec leurs activités ? Désolant. Comme la fameuse scène du jeune homme riche abordant Jésus avec enthousiasme, avant de s'en
aller désolé et désolant tous les Apôtres.
Donnant naissance à la réflexion "Il est plus facile à un chameau de passer par le chat d'un aiguille, qu'à un riche d'entrer dans le Royaume des Cieux".
Combien de fois l'ont-ils lu...Beaucoup sans doute, mais en passant vite, trés vite. Ils devaient plutôt lire les journeaux relatant la victoire du bolchévisme
en Russie, sans se culpabiliser de la misère ouvrière, signe de rejet divin.
Donc méritée. Une paille. Ou plutôt une poutre dans leur oeil.



Bernard Sady 14/12/2009 20:00


Bonsoir Jean-Michel,

On pourrait reprendre la pensée de Pascal (je crois...) : "Qui veut faire l'ange fait la bête".


Jean-Michel 01/12/2009 14:37


Bonjour Bernard,
Je retiens ce passage avant d'aller plus loin avec vous :

"Il pourra être de faire du profit, si l’entrepreneur s’inscrit dans la ligne protestante de la finalité de la vie…" 

Il s'agit bien du protestantisme, qui ne verrait que le profit dans sa ligne de conduite ?
Je ne comprends pas, je l'avoue...



Bernard Sady 02/12/2009 22:27


Bonsoir Jean-Michel,

Oui, il s'agit bien du protestantisme. Sur ce point, j'ai suivi Max Weber. Si vous voulez en savoir plus vous pouvez consulter mes billets sur Taylor et en particulier celui sur le "contexte dans lequel il a évolué".