Le changement : introduction

Publié le par Bernard Sady

Je voulais aborder depuis longtemps le thème du changement. Car il s’agit là d’une de ces foutaises dénoncées par Pfeffer et Suton dans leur excellent livre « Faits et foutaises dans le management ».

 

L’occasion m’en est donnée par ce qui se passe chez France Télécom.

En effet, selon Louis-Pierre Wenès (ex directeur général de FT) les malheurs de FT viendraient du fait qu’«une petite partie des employés n'arrivent pas à changer de culture : passer du 22 à Asnières à la Livebox internet » (interview au Nouvel Obs du 24 septembre 2009).

 

Et maintenant, pour réparer ces dégâts, Didier Lombard (PDG de FT) parle aussi de changement dans Le Figaro du 16 octobre 2009 : « Quand on décide de changer le contenu du message en donnant la priorité à l'humain, il faut aussi changer le porteur du message. Ce dernier doit incarner symboliquement ce changement. C'est pourquoi Louis-Pierre Wenes a quitté ses fonctions. Aujourd'hui pour porter le changement le plus rapidement possible auprès de tous les salariés, les membres du comité de direction du groupe se mobilisent. »

Quatre fois le mot changer ou changement en trois phrases, il faut le faire… Ce doit être très important…

 

A chaque fois qu’il y a un problème, c’est soit dû au fait que certains n’ont pas voulu changer, alors on va engager un nouveau changement qui sera différent du précédent. Soit c’est parce qu’on n’a pas suffisamment changé, on va donc faire un nouveau plan de changement.


Ce qui semble le plus important actuellement, ce n’est pas le but du changement, non, c’est simplement le fait de changer.

 

Le changement aurait une vertu intrinsèque.

Parler de changement est devenu une rengaine chez les consultants et dans certaines entreprises. Il faudrait changer en permanence pour ...simplement changer…

 

Voici par exemple un courrier que j’ai reçu il y a quelques jours venant d’une représentante de la société “Belle Aventure” :

 

« Bonjour,

 

Je suis Sandrine XX, de la société Belle Aventure (http://www.belleaventure.com) et j’aimerais vous parler de notre offre d’accélération des transformations d’entreprises.

 

Comment en période de crise aller vite en qualité et de manière performante et durable pour transformer vos contraintes en opportunités business ?

 

Il n’est en effet plus question de « changement » à un instant t, mais bien d’une nécessité business de transformation continue et en profondeur des modes de fonctionnement de nos entreprises en raison des nombreuses contraintes auxquelles elles doivent faire face : besoin d’innover, globalisation des marchés, compétitivité, productivité, contraintes réglementaires, fusions/acquisitions, pressions financières, intégration de nouvelles technologies, … »

 


Même la CEGOS propose des formations pour « apprivoiser le changement ».

Voici un extrait de son catalogue :


« Formation : Apprivoiser le changement

 

Vers l'acceptation du changement permanent

L'environnement économique entraîne une accélération du rythme des changements pour les entreprises et les personnes. La difficulté à vivre les changements n'est pas tant liée à l'acquisition de nouveaux savoir-faire, qu'aux craintes que suscite chez chacun d'entre nous le fait d'avoir à changer.

Par une approche pédagogique qui place chacun en situation de changement, cette formation permet de prendre conscience des mécanismes en oeuvre et favorise les changements de représentation pour s'adapter en permanence. »


Il faudrait donc changer en permanence.



Mais regardons d’abord ce qui se passe dans la “vraie vie”.

 

Si on regarde comment nous agissons dans la vie courante, il faut reconnaître que nos actes sont faits beaucoup plus souvent par habitude et routine que par réinvention d’une nouvelle action ou d’une nouvelle solution à chaque fois. Notre cerveau fonctionne de telle manière que lorsqu’il a appris quelque chose, il sait très bien et très vite le reproduire.


Prenons quelques exemples dans nos tâches quotidiennes : dans la plupart de nos tâches quotidiennes, nous reproduisons les mêmes attitudes. 

Nous nous levons la plupart du temps à la même heure et nous faisons chaque matin les mêmes gestes : nous prenons notre petit déjeuner à la même place et bien souvent nous mangeons et buvons la même chose. Ensuite, nous partons au travail, par exactement la même route tous les matins. Nous garons notre voiture en général toujours à la même place sur le parking. Nous nous installons souvent à la même place (même bureau ou même poste de travail). A midi, si nous allons à la cantine, nous mangeons bien souvent à la même table ou du moins dans la même salle avec les mêmes personnes. Si nous allons en réunion, nous nous mettons souvent à la même place (observez bien, et vous verrez que les personnes prennent bien souvent exactement la même place en réunion…). Le soir, nous repartons à la même heure et toujours par le même chemin. Lors du dîner, nous nous mettons toujours à la même place autour de la table ou devant la télé… Et si nous regardons la télé, c’est dans notre fauteuil favori…

Conclusion, dans une journée, nous réalisons au moins 90% de nos tâches de manière habituelle, sans aucun changement.

Nous changerons, soit temporairement, soit définitivement si un incident vient perturber l’habitude et là, nous savons nous adapter et trouver une solution. Si des travaux bloquent ma route habituelle, je saurai trouver le bon détour et j’adopterai ce nouvel itinéraire le temps des travaux. Si je me suis fait prendre par un radar mobile à l’entrée d’un village, je ralentirai systématiquement les fois suivantes, et cela peut-être de manière définitive (pas si sûr…).

Parfois, nous changerons tout simplement pour couper la routine et l’ennui : ce midi j’irai manger une crêpe en ville plutôt que d’aller à la cantine.

 

C’est parce que nous agissons la plupart du temps de manière habituelle que nous sommes capables de mettre toute notre énergie à trouver des solutions en cas d’incident.

 

Mais bien sûr, et heureusement, nous faisons des choses nouvelles au cours de la journée et il y a toujours quelques imprévus qui maintiennent notre esprit en éveil.

Cependant, le bilan des centaines de tâches réalisées chaque jour est largement en faveur de l’habitude et de la routine.

 


Alors pourquoi cette frénésie de changement dans les entreprises ? L’environnement serait-il aussi différent ? Il serait stable dans notre vie quotidienne et serait en mouvement perpétuel dans le monde du travail ?

 

Non, c’est bien le même monde… Et en fait, il y a beaucoup plus d’éléments stables que d’éléments en mouvement ou en modification.

 

Lorsqu’on aborde le thème du changement il est donc nécessaire de relativiser la fréquence et l’importance de ce qui change.

 

Vous ne me croyez pas ? Faites vous-même le bilan des actions d’une de vos journées.

Ce qui nous induit en erreur la plupart du temps, c’est qu’un seul élément peut avoir d’importantes répercussions. Par exemple, si votre voiture tombe en panne et que vous deviez la changer, c’est une toute petite partie de votre environnement qui est modifié, mais les conséquences vont être importantes : vous allez devoir choisir un nouveau modèle, prévoir le financement et gérer la période jusqu’à ce que votre nouvelle voiture soit entre vos mains. Mais pendant tout ce temps, le reste de votre environnement sera stable.

Autre exemple, la mondialisation ou une évolution technique peut très rapidement faire se tarir les commandes dans une entreprise. Mais tout le reste est stable.

 


A suivre.

Publié dans Changement

Commenter cet article

Florent F. 27/10/2009 22:37


Je suis tout à fait d'accord avec toi ! S'il s'agit de donner une proportion, elle est de l'ordre de 95% de stabilité pour 5% d'évolution (a réévaluer en fonction des secteurs). Le problème n'est
pas tant de savoir s'il faut changer, mais de changer ce qu'il faut et surtout comment il faut ! Le problème la plupart du temps c'est que ces 5% de changement (d'exploration) nécessaires sont
appréhendés avec les outils de l'exploitation, qui du coup se retrouvent inefficace. Gérer le changement avec les outils du management opérationnel c'est comme se servir du théorème de Pythagore
dans un espace courbe... Ca n'est pas l'outil qui n'est pas bon, c'est juste qu'il n'est pas adapter à l'utilisation que l'on en fait ! Désolé si tout ça n'est pas très compréhensible... il me
faudrait plus de temps pour expliciter ce que j'ai en tête... ;-P (cf l'antibible du management de Paul Millier).

Au plaisir de te lire.


Bernard Sady 01/11/2009 21:11


Bonsoir Florent,

Merci de ces précisions. En effet, il s'agit de changer ce qui doit l'être et ne pas partir dans une frénésie de changement tous azymuths... C'est ce que je vais tenter d'expliquer dans mes billets
suivants.


Jean-Michel 23/10/2009 14:20


Bonjour Bernard,
Là je découvre votre démarche avec ma méconnaissance dans votre domaine, et en même temps il suffit de bien observer le quotidien en dehors du lieu de travail pour avoir les premiers rudiments.
Ces deux mondes ne sont pas si différents, les lois qui régissent notre quotidien recèlent des secrets et des réponses essentiels.
Par exemple cette remarque:

"C’est parce que nous agissons la plupart du temps de manière habituelle que nous sommes capables de mettre toute notre énergie à trouver des solutions en cas d’incident."

Cela me ramène à des notions de gestion d'énergie chez l'homme, enseignée en techniques de relaxation (Il y en a pas mal !)
J'ai connu un technicien en traitements thermiques qui pratiquait des coupures courtes dans sa journée gérées par une technique spéciale, dans sa journée, d'où il tirait une énergie étonnante.

C'est curieux d'ailleurs, il se produit en ce moment une crise de l'énergie dans les Datacenters, engendrant surconsommations et pannes répétées. Comme un rappel
de maltraitance des machines elles-même !
Et IBM fait sa campagne publicitaire actuelle là-dessus...

Donc il existe plusieurs approches
rien qu'au stade de l'observation.
Et aussi à faire un bon nettoyage dans son "mental", y enlever la futilité des effets de mode, des idées reçues, des postures marketing pour "vendre" ses idées, réapprendre à parler vrai, aprés
avoir vu clairement ce qu'il fallait voir au bon moment. Comme vous le faites ici. Bravo.


Bernard Sady 27/10/2009 21:58


Bonsoir Jean-Michel,

Oui, parfois, il n'est pas besoin d'aller très loin. Il suffit d'ouvrir les yeux et d'avoir du bon sens...


Florent F. 23/10/2009 10:48


Merci pour cet article qui nous rappelle l'ambivalence des systèmes que nous sommes...

A la lecture de cet article m'est revenue une référence bibliographique qui m'a interpellé dans « Manager dans la complexité » de Dominique Génelot. Pour expliquer cet aspect dialogique de
l'homéostasie(structuré/structurant, stabilisé/stabilisant). L'auteur cite l'ouvrage "Entre le cristal et la fumée" d'Henri Atlan. Le cristal illustrant l'aspect figé, mais également ce qui ne peut
évoluer. Et la fumée illustrant l'instable, l'impalpable, l'inorganisé. Ainsi, à mi-chemin entre le cristal et la fumée nous retrouvons tous les systèmes organisés dont nous (les Hommes et les
entreprises dans lesquelles nous oeuvrons) faisons parties.
Merci Bernard... Du coup, je viens de commander ce livre qui m'était sorti de l'esprit... Une bonne lecture en perspective...!

Au plaisir de te lire ! ;-)


Bernard Sady 27/10/2009 21:53


Bonsoir Florent,

Tant mieux si ce billet a pu te rappeler un ouvrage qui semble intéressant. Pour moi, ce qui me semble le plus important, c'est le constat simple que tout n'est pas changement, et que dans notre
environnement, il y a beaucoup plus de stabilité que de variabilité.
Je viens de rencontrer aujourd'hui même un consultant qui expliquait que dans l'environnement des entreprises, tout change et qu'il faut donc que le personnel change aussi... Avec l'aide de
consultants, bien sûr (ça, c'est moi qui l'ajoute)...