L'échec vu de la France et des Etats-Unis

Publié le par Bernard Sady

Dans le billet « Travail : bien-être ou bagne », en conclusion, je signalais un problème qui me semblait très important : « l'approche différente entre l'échec et la réussite en affaire entre la France et les pays anglo-saxons ».

Le dernier numéro de l'Entreprise y consacre deux pages dans son dossier « Rebondir en quinze leçons » sous le titre : « Le rêve américain de la seconde chance ». (N° de septembre 2008, pages 42-43).

 

L'auteur, Corine Moriou, démarre fort par un "chapeau" qui a le mérite d'être très clair : « Il est plus facile de rebondir aux Etats-Unis qu'en France. L'échec y est vécu comme une expérience salutaire alors qu'il porte la marque du discrédit dans l'Hexagone. A la clé, une plus grande liberté d'entreprendre, qui stimule les énergies. »

 

A l'appui de son propos, elle cite deux patrons français.

Jacques Séguéla, vice-président d'Havas affirme : « Il n'y a pas d'autoroute sans accidents, pas de création d'entreprises sans faillites. Il ne faut jamais désespérer. Coca-cola a échoué à plusieurs reprises avant de devenir le numéro 1 mondial ».

Philippe Bourguignon, vice-PDG de Revolution Resorts, de son côté, nous dit qu' : « Aux Etats-Unis, l'échec fait partie de l'expérience. Un entrepreneur peut à nouveau lever de l'argent avec un "mezzanine financing". Le taux est élevé, mais peu importe, car, lorsqu'il a réussi, il peut rembourser aisément son emprunt. »

 

Et cela viendrait de notre culture, toujours selon Philippe Bourguignon : « Dans une aire de jeux, une maman américaine dit à son enfant : "Go, have fun" (Vas-y et amuse-toi). Si l'enfant tombe, sa mère le réconforte et lui dit comment faire mieux la fois suivante, en ajoutant : "You can do it" (Tu peux y arriver). En France, la maman commence par des recommandations restrictives à l'égard de son bambin : "Ne t'éloigne pas.", "Couvre-toi". Si l'enfant tombe, elle l'apostrophe : "Je te l'avais dit", "Tu n'écoutes pas", "Tu ne peux pas faire attention !", avec, pour sanction finale : "Reste ici maintenant". L'enfant américain ne sera pas réprimandé, mais toujours encouragé. Ce que le Français appelle un échec, l'Américain le voit comme une leçon, un "challenge" ».

Je trouve le tableau sévère et à la limite de la caricature pour la France et quelque peu idyllique pour les Etats-Unis. Mais il faut bien reconnaître qu'en dehors de l'équitation, où la règle, en cas de chute de cheval, est de remonter immédiatement, l'échec n'est pas ce qu'il y a de mieux vu en France. Et ce dès le plus jeune âge. Pour l'illustrer, on aurait pu prendre l'exemple des parents "encourageant" du bord du terrain, leur progéniture jouant au foot...

 

Corine Moriou apporte aussi le témoignage de Pauline de Breteuil « partie deux ans vivre à Chicago » et ayant créé la « société Winaretta.com, devenue le numéro 1 français de vente de bijoux fantaisie en ligne » : « Les Américains encouragent l'effort. Ils mettent l'accent sur le travail, la persévérance et ils vous offrent une seconde chance. L'échec n'est pas une tare indélébile. Dans un CV, la défaillance est même un plus, car cela prouve que l'on est capable de prendre des risques. »

 

Et Jean-Claude Volot, président de l'Agence pour la création d'entreprise est cité en conclusion pour expliquer que même en cas d'échec, « aux Etats-Unis, les venture-capitalists n'hésitent pas à prêter de l'argent à ceux qui ont échoué, car ils considèrent qu'ils ont tiré la leçon de ce qu'il ne fallait pas faire. C'est pourquoi je dis aux banquiers : ne travaillez qu'avec ceux qui ont échoué, car le taux de succès est énorme. Les re-créateurs réussissent à 88%. »

 

Cet article est très intéressant, mais on reste sur sa faim, car il n'y a pas de solutions proposées pour inverser la vapeur.

Ce point étant, à mon sens, très important, j'y reviendrai.

Publié dans Nouveau job

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