Journée mondiale de la santé au travail… et blablabla chez France Télécom

Publié le par Bernard Sady

Hier, c’était la journée mondiale de la santé au travail, dont le thème était « les risques émergents ».

 

Cette journée, organisée par le BIT (Bureau International du Travail), était censée être animée en France par l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité). Mais il faut vraiment le vouloir pour trouver une référence à cette journée sur le site de l’INRS… Et à part un bref communiqué de presse, il n’y a rien… Décevant…

 

Les Echos en disent beaucoup plus, en reprenant les points importants de la brochure du BIT publiée à cette occasion.

 

 

Cette brochure, intitulée « Risques émergents et nouvelles formes de prévention dans un monde du travail en mutation » présente ces nouveaux risques :

 

« Les risques professionnels nouveaux et émergents peuvent être causés par des innovations techniques ou des changements sociaux ou organisationnels tels que :

Nouvelles technologies et nouveaux processus de production, par exemple nanotechnologies, biotechnologies

Nouvelles conditions de travail, par exemple charges de travail plus élevées, intensification des tâches due aux compressions d’effectifs, mauvaises conditions associées à la migration de travail, emplois dans l’économie informelle

• Formes émergentes d’emploi, par exemple emploi indépendant, externalisation, contrats temporaires

 

« Ces risques peuvent être plus largement reconnus grâce à une meilleure compréhension scientifique, par exemple les effets des risques ergonomiques sur les troubles musculo-squelettiques.


« Ils peuvent être influencés par des changements de perception de l’importance de certains facteurs de risque, par exemple les effets des facteurs psychosociaux sur le stress lié au travail. »

 

Je passe sur les nanotechnologies, les biotechnologies et autres risques chimiques qui ne sont pas l’objet de ce blog et vais directement aux risques liés aux nouvelles conditions de travail, sujet qui me préoccupe davantage.

 

« Les tendances de l’emploi se sont considérablement modifiées au cours de ces dernières décennies, ce qui a contribué à l’émergence de nouveaux risques pour les travailleurs. La réorganisation du travail, les compressions d’effectifs, la sous-traitance et l’externalisation, par exemple, ont eu inévitablement des répercussions sur les conditions de travail, d’où une difficulté accrue pour trouver un bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

 

« Ces changements, associés à d’autres facteurs, ont entraîné une augmentation du stress lié au travail et d’autres problèmes de santé mentale, tendances qui peuvent être exacerbées pendant une crise économique mondiale. »

 

En fait, ce document reprend ce qui est connu par ailleurs et qu’on retrouve par exemple dans le rapport « Bien-être et efficacité au travail » réalisé par H. Lacheman, C. Larose et M. Pénicaud à l’attention du premier ministre.

 

 

Je cite :  

« Les facteurs psychosociaux sont désormais reconnus comme étant des problèmes de portée mondiale, qui touchent tous les pays, toutes les professions et tous les travailleurs. L’augmentation de la flexibilité et de la précarité de l’emploi, l’intensification du travail et les problèmes de relations en milieu de travail tels que les brimades et le harcèlement psychologique sont quelques-uns des facteurs à l’origine d’un accroissement du stress à composante professionnelle. S’il est nécessaire de poursuivre les recherches pour comprendre parfaitement les implications de ces facteurs, on admet toutefois qu’ils peuvent jouer un rôle important en ce qui concerne la santé, l’absentéisme et la performance des travailleurs.

 

« A plus long terme, le stress lié au travail peut aussi entraîner des troubles musculo-sque­lettiques et d’autres formes d’affections telles que l’hypertension, les ulcères digestifs et les maladies cardiovasculaires. Il peut en outre contribuer à une incapacité à faire face aux exigences du travail. Des facteurs liés au mode de vie personnel peuvent également avoir un important retentissement sur les performances professionnelles et les relations de travail. Le stress lié au travail peut avoir une influence sur les problèmes existant en dehors du lieu de travail, comme la violence, l’abus de drogues, de tabac et d’alcool et des relations familiales et personnelles tendues. Il peut aussi être exacerbé par ces mêmes facteurs. Le stress peut être un facteur majeur de dépression, voire de suicide. Tout cela représente un coût qui peut être considérable du point de vue de la détresse humaine et du fardeau économique pour l’individu et la société.

 

« Des études effectuées dans des pays européens et d’autres pays développés montrent que le stress est à l’origine de 50 à 60 % de la totalité des journées de travail perdues. Il était considéré comme la deuxième cause la plus fréquemment relevée de troubles de la santé liés au travail, qui a touché 22 % des travailleurs de l’Union européenne en 2005. La dernière étude, datant de 2009, confirme que bien que le niveau moyen de stress professionnel ait diminué dans quinze pays membres de l’Union européenne au cours de ces toutes dernières années, il a augmenté dans douze autres pays de l’Union.7

 

« Il existe de nombreux exemples positifs d’entreprises qui reconnaissent que le stress est un problème concernant les lieux de travail et qui aident les membres de leur personnel à traiter le problème à la racine. Des recherches et d’autres interventions sur les lieux de travail sont également effectuées dans un grand nombre de pays en développement – Argentine, Botswana, Brésil, Colombie, Ghana, Inde, Kenya, Mexique, Ouganda et Philippines, notamment – en vue de trouver des moyens novateurs de traiter de la prévention du stress lié au travail et d’évaluer l’impact des autres facteurs psychosociaux. Par ailleurs, certains syndicats ont exprimé leurs préoccupations au sujet des conséquences de ce type de stress et ont élaboré leurs propres méthodes d’évaluation des risques. Il est indispensable de procéder à d’autres évaluations des conditions et pratiques nationales pour avoir un tableau plus précis et une meilleure compréhension de ce problème à l’échelle mondiale et pour améliorer les méthodes de prévention.

 

« Grâce à des systèmes complets de gestion de la SST, on devrait faire en sorte que les facteurs psychosociaux soient correctement évalués et gérés, comme le sont d’autres risques pour la SST. Il faudrait mettre en place des mesures de prévention spécifiques en vue de réduire les conséquences potentielles du stress lié au travail. Jusqu’à présent, les mesures de gestion du stress consistent à fournir des services de conseil, une initiation et un mentorat individualisés au personnel nouvellement engagé, assurer un soutien permanent par les collègues de travail et les syndicats pendant la période de chômage et faire face aux principaux événements de la vie en créant des liens avec les ONG locales. »

 

Et on retrouve une des mesures phares proposée par le rapport « Bien-être et efficacité au travail » : « L’engagement de la direction et la participation des travailleurs sont essentiels pour promouvoir une culture de la sécurité et de la santé sur le lieu de travail. Les entreprises qui adhèrent aux valeurs sociales et respectent consciencieusement leur politique de SST créent – semble-t-il – un environnement positif et suscitent une importante participation de la part de tous les acteurs intervenant dans ces entreprises. Une politique cohérente appliquée par le biais d’actions et de programmes concrets peut contribuer à mettre en pratique les engagements de la direction et des travailleurs, ce qui influence de manière positive la culture de la sécurité et de la santé dans son ensemble. La prévention et la réduction de risques particuliers ne doit pas être le seul critère pour dire d’une société qu’elle parvient à gérer les risques. Il faudrait aussi tenir compte de la façon dont elle agit pour faire face aux risques et assurer la sécurité à tous les niveaux de décision, spécialement en temps de crise et de récession économique. »

 

 

Et pendant ce temps, chez France Télécom, c’est “blablabla”, comme me le disait récemment une salariée de l'opérateur national…

 

Ce que confirme un article des Echos du 29 avril qui explique que chez France télécom, il faut « soulever la chape de plomb »…

 

Pourtant, c’est fin mars que Stéphane Richard avait présenté,  « les huit engagements du groupe pour construire le nouveau France Télécom ». (Les Echos du 26/03/10) : Renouer avec une politique de l’emploi, redonner sa place au dialogue social, mobilités basées sur le volontariat, nouveaux modes de pilotage de la performance (indicateurs sociaux), proximité de l’entreprise vis-à-vis de ses salariés, confort au travail, plan d’urgence pour les personnes en difficulté, effets du plan mesurés.


A noter cependant que « France Télécom n'a pas donné suite aux 107 propositions faites par Technologia début mars. Après avoir dressé un état accablant du moral des troupes en pleine crise, ce cabinet avait bousculé l'opérateur en suggérant de créer des “médiateurs”.  Avec 11 nouveaux suicides depuis le début de l'année, France Télécom est toujours en état d'urgence. Mais la médiation n'est “pas souhaitable”, alors qu'il existe déjà plus de 10.000 managers dans le groupe, a rappelé Stéphane Richard. »

 

Peu importe que FT suive ou non les recommandations de Technologia… Le principal est d’avancer dans la réduction du malaise des salariés.

 

Mais malgré les opérations de communication de Stéphane Richard et de sa nouvelle directrice adjointe pour la France, Delphine Ernotte, la crédibilité n’est pas de retour chez FT.

 

C’est ce que constate Les Echos d’hier :

 

« Aujourd'hui, "le problème n'a pas encore été attaqué de front, et la situation perdure", même si "les managers ont pour consigne d'être plus conciliants", affirme Marin Ledun. »

Par ailleurs, « "On n'a pas encore touché à l'organisation du travail", et "l'angoisse est toujours présente", ajoute Mme Font Le Bret, qui "attend le résultat des négociations en cours" sur le stress au travail. »

 

Il est vrai que si « deux accords ont été signés sur la mobilité et l'équilibre vie privée-vie professionnelle, deux autres sont actuellement soumis à signatures, dont un sur le stress au travail. »

 

 

Cette semaine, on apprenait qu’un salarié de FT avait fait une tentative de suicide mardi dernier à Toulouse…


Après les 35 suicides en 2008-2009, les 12 suicides et les 7 tentatives depuis le début de cette année, combien faudra-t-il de nouveaux suicides pour que la direction de FT prenne enfin conscience de l’ampleur du malaise ?

 


Quand même une bonne nouvelle en cette journée mondiale de la santé au travail : « Tous les syndicats ont signé l'accord sur le harcèlement et la violence au travail ».

Publié dans Stress au travail

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Ava 01/05/2010 15:48



Bonjour !


Je suis consternée de voir qu'il n'y a eu aucun écho au sujet de cette journée, pourtant capitale en ce qui concerne la problèmatique France Télécom and Co.


J'ai l'impression que l'affaire ne tende à s'étouffer : les investigations veulent s'arrêter au harcèlement moral en abandonnant la mise en danger de la vie d'autrui.


Que font la CGT et FO, les grands manquants pour la plainte sur Paris ? Ils doivent être représentés dans cette entrepries ! Si tous ont signé pour la lutte dans le cadre de la démarche sur les
risques psychosociaux, pourquoi ils n'appuient pas sur les plateaux de la balance avec les autres ? C'est mou du genou tout cela ! bon article, mais manque de motivations, en effet, bcp assistent
à des scènes de violence au sein des entreprises, sans mot dire, pour protéger son poste, et son bien être ! donc à revoir tout cela ! bonne journée, et que du bonheur dans la vie privée et
professionnelle !



Bernard Sady 02/05/2010 00:05



Bonsoir Ava,


Je suis d'accord avec vous sur le peu d'échos de cette journée. Les syndicats en ont très peu parlé, mais dans les entreprises, il y a eu parfois des opérations de communication ou
sensibilisation.


Oui, chez France Télécom, la direction cherche à gagner du temps : dans un an ou deux, les populations "à risque" seront parties en retraite... C'est ce que j'expliquais dans ce billet.


Par contre, même si la justice n'a pas retenu toutes les conclusions de l'inspection du travail, la machine est enclenchée.


Vous avez raison de râler contre la CGT et FO, mais il y a aussi les autres syndicats qui ont réagi trop tard et qui tous ont été dépassés par ce qui se passait chez FT. Pour ma part, ils sont
co-responsables (avec la direction et les pouvoirs publics) de la situation chez FT. C'est ce que j'ai expliqué dans ce billet.


Je ne sais si votre expression "C'est mou du genou tout cela ! bon article, mais manque de motivations, en effet, bcp assistent à des scènes de violence au sein des entreprises, sans mot dire,
pour protéger son poste, et son bien être ! donc à revoir tout cela !" s'adresse directement à moi... Je pense avoir montré le contraire sur ce blog...